Actoral
actOral, festival international des arts et des écritures contemporaines se déroule à Marseille pendant trois semaines, entre fin septembre et mi-octobre. Des dizaines d’artistes comédiens, écrivains, plasticiens, sont invités à venir présenter leurs œuvres dans 8 lieux culturels de Marseille, mais à vocations diverses : théâtres, musées, librairies… En 2011 l’association engageait une réflexion sur l’éco-responsabilité, aidée en cela par le programme régional AGIR. Pour mettre en place la démarche, il a fallu prendre en compte les spécificités de la manifestation. Multiplication des lieux, bouleversements des usages, la démarche éco-responsable a réclamé une forte capacité d’adaptation et de sensibilisation des partie-prenantes, même si elle n’en est qu’à ses balbutiements, comme l’explique Aurélie Baldo, stagiaire, qui encadrée par la chargée de production et la responsable administrative, a suivi l’ensemble du dossier.
Qu’est-ce qui a motivé l’investissement de l’équipe dans cette démarche d’éco-responsabilité ?
Jusqu’en 2010, le festival se tenait à Montévidéo, lieu de création marseillais, mais le développement de la manifestation, de sa programmation et surtout son externalisation dans d’autres lieux partenaires sur la ville ont fait prendre une nouvelle ampleur à l’événement. Accroissement de la durée dans le temps, multiplication des lieux et surtout une forte augmentation du public, nous ont amenés à nous poser la question des impacts d’actOral, d’autant que lorsque tout se passait à Montevidéo, nous avions la main sur la logistique. Et dans ce lieu qui accueille toute l’année l’association porteuse, l’éco-responsabilité s’est mise en place d’elle-même, par la simple volonté ou le bon sens de chacun. Evidemment, en interne nous avons depuis renforcé la démarche, mais il y avait un terreau très fertile. Aujourd’hui, le festival c’est plus de 170 artistes venant d’un peu partout et une trentaine de professionnels qui travaillent sur la manifestation pendant 3 semaines.
Quelle a été votre méthode pour orienter et hiérarchiser votre action ?
Plus qu’un état des lieux, la première année, nous sommes essentiellement partis des constats faits les années précédentes. Mais nous n’avions pas encore de bilan chiffré puisqu’il n’y avait pas encore d’outils d’évaluation. Cependant, il y a des constantes en matière d’éco-responsabilité dans les festivals et nous savions qu’en partant prioritairement sur la question du transport, surtout lorsque l’on observe la multiplication des lieux, nous ne pouvions pas nous tromper. Cette année en revanche, nous nous sommes emparés des outils de métrologie nécessaires pour quantifier les déplacements. 200 000 km sont environ parcourus pour venir à Marseille, mais 68% de ces déplacements sont effectués en train. A partir de là, nous allons pouvoir commencer à chiffrer précisément le poste transport.
Concrètement, en quoi consiste aujourd’hui ce programme d’actions ?
1/ Les déplacements
La première année, nous avons engagé les ¾ de notre budget dans la mise en place de navettes. Nous avons dû le faire avec une entreprise privée car les négociations avec les Autorités Organisatrices de Transport n’ont pas abouti. Ces navettes partent du Vieux Port et cela pendant les onze soirées, destination le KLAP, le MAC et la Friche. Pour que cela fonctionne, la communication est essentielle. Cette année, 427 personnes ont utilisé les navettes. C’est une grosse progression par rapport à 2011 ; progression que l’on doit aux annonces micro pour les départ, mais aussi à l’exemplarité des équipes et des artistes qui utilisent ces navettes, ce qui a été très stimulant pour le public. Les artistes jouent bien le jeu et acceptent que tous les transferts se fassent en transport en commun.
Par ailleurs, nous essayons de motiver le covoiturage en proposant ce service sur notre site Internet et en mettant à disposition des festivaliers une feuille d’inscription au point info éco-responsabilité afin de mettre en relation ceux qui sur place voudraient covoiturer.
Enfin, nous recueillons des informations sur les modes de déplacement de nos festivaliers afin d’améliorer l’offre de transport à l’aide d’un questionnaire spécifique.
2/ Les déchets
Pour le tri des déchets, nous avons obtenu de MPM un container réservé au papier et carton sur le site de Montévidéo. Ce qui a permis d’évaluer le tonnage de ce qu’en interne et dans le cadre de la logistique liée à la manifestation, nous produisions. Ils ont déposé la benne devant nos portes afin de réaliser le tri plus facilement. L’équipe a tout de suite été très motivée et cette expérience, certes menée dans un lieu unique, mais le seul dont nous sommes les gestionnaires a montré que 52% de nos déchets étaient essentiellement des cartons et du papier. Le verre que nous avons aussi trié est compris dans ces 52%, mais il ne représente qu’une part mineure. Le tri a été étendu au MAC. Ailleurs, nous n’avons pas la main et même si certains lieux effectuent le tri, les volumes de ces partenaires n’ont pas été évalués.
3/ Restauration
De nombreux lieux font déjà appel à des prestataires qui utilisent de la vaisselle non jetable. Uniquement 3% de la vaisselle était jetable lors de la dernière édition. Cela doit se faire de manière spontanée, car il est très difficile d’imposer des changements de comportement. Nous ne sommes pas chez nous et chacun a ses habitudes de travail. En revanche, nous travaillons à la sensibilisation des équipes et des prestataires, nous analysons avec eux leurs pratiques, nous les informons sur les volumes de déchets par exemple, de façon à les amener vers des changements de comportement choisis. Evidemment à Montévideo, comme nous sommes à domicile les équipes du catring réalisent le tri des déchets et se sont emparées de la question de la qualité et de la provenance des aliments. C’est aussi le cas au KLAP et au théâtre des Bernardines. Mais ce n’est que du déclaratif. Il faut que nous travaillions sur la délivrances d’attestations, des preuves d’éco-achat pour être sûrs de ce que l’on avance et que l’on puisse faire des évaluations au plus près.
4/ Eclairage
Nous ne travaillons pas encore sur cette question dont la responsabilité et les équipements sont intrinsèques aux lieux partenaires.
5/ Communication
Nous nous sommes aussi attaqués au poste communication. Déjà en choisissant un prestataire qui bénéficie de la marque Imprim’Vert mais aussi du papier qui atteste de la gestion durable des forêts dont il est issu et des encres biodégradables. Nous avons dans un second temps commencé une évaluation de la qualité des lieux de distribution et de dépôt de flyers de façon à optimiser celle-ci et à réguler le nombre d’impressions en fonction des besoins réels.
Votre contexte vous permet d’agir plus facilement sur le volet interne, que doit-on en retenir ?
A Montévideo, où nous sommes installés toute l’année, nous trions dans les bureaux et à la cuisine, où d’ailleurs la vaisselle n’est pas jetable et les produits alimentaires de préférence locaux, car nos prestataires sont sensibilisés à ces questions. Ensuite, nous privilégions les transports doux et le covoiturage entre nous et cela fonctionne très bien.
Cette démarche a-t-elle eu un coût important pour vous ?
Si l’on met de côté la question des navettes qui coûte cher, pour le reste je pense que nous allons surtout faire des économies et rendre plus efficace notre communication. Je ne suis pas convaincue qu’il y ait un surcoût, mais plus un changement dans la façon d’appréhender les choses.
Que vous a apporté la plateforme pour déployer votre démarche d’éco-responsabilité ?
La plateforme est utile. C’est un véritable outil, très rassurant quand on a une difficulté car on a quelqu’un à qui s’adresser pour essayer de trouver des réponses. C’est un centre de ressource. Quand je suis perdue sur mon bilan par exemple, j’appelle la Plateforme qui m’aide à trouver des solutions. Les retours d’expérience sont aussi enrichissants et utiles. On peut noter les erreurs exprimées par nos collègues afin de les à éviter. Et enfin l’annuaire des prestataires, nous fait gagner un temps fou.
Plus d’infos sur : www.actoral.org
Interview Aurélie Baldo, chargée de mission éco-responsabilité







