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Les nuits carrées d'Antibes

Le festival Nuits carrées fait vibrer l’amphithéâtre du Fort carré d’Antibes chaque premier week-end de juillet depuis 2007. Une programmation pluridisciplinaire (jazz et musiques improvisées, musiques actuelles, théâtre et danse), des artistes de renom national et international, une politique tarifaire accessible à tous les publics (8 euros la soirée, 14 euros le pass carré) font du festival un rendez-vous estival important.

Une «éco-conception » dès l’origine

Premier du genre dans les Alpes-maritimes, Les Nuits carrées a été conçu dès l’origine sur le principe d’éco-responsabilité en raison du caractère protégé du site dans lequel il se déroule. De fait, par respect pour le Fort carré, tout a été mis en place pour le préserver. Selon son directeur Sébastien Hamard, la réaction du public a été «extraordinaire », immédiatement sensibilisé à l’environnement grâce à une communication ciblée, et encouragé à un comportement citoyen : mise à disposition de toilettes sèches, utilisation de gobelets consignés par exemple… Par conséquent la démarche éco-responsable de la manifestation fait partie intégrante de son identité «sans pour autant tomber dans un militantisme pur et dur» («ça les amuse en fait, c’est devenu un jeu»).

Des réunions préparatoires avec l’équipe sont organisées de manière à ce que la prise de conscience se fasse naturellement ; pendant la durée du montage notamment, elle est soumise aux mêmes mesures éco-responsables. Tous jouent la carte environnementale à fond, conscients de l’enjeu.

Les éco-actions

Tout n’a pas pu être réalisé en une seule édition. Les actions ont été développées au fur et à mesure : d’abord l’installation de toilettes sèches sur le site, l’impression sur papier recyclé des produits de communication (affiches, flyers, programmes), l’installation du tri sélectif et du traitement des déchets, le catering des artistes, de l’équipe du festival et du public confié à un traiteur local qui travaille uniquement les produits régionaux.

Puis le festival a communiqué sur les transports, sujet moins évident car il n’y a plus de bus ni de train à partir de 2 heures du matin, horaire de fermeture des Nuits carrées : il est donc recommandé d’utiliser le vélo ou la voiture en co-voiturage.

L’une des spécificités du festival est d’avoir pensé en terme «d’éco-scénographie» : dès 2007, un cahier des charges environnemental spécifique a été soumis à un scénographe. En 2008 par exemple, Julie Morel a imaginé pour l’espace de convivialité une table basse géante créée à partir de 13000 bouteilles en plastique récupérées. Depuis deux ans, le festival expérimente des modules fournis par l’École nationale de design de Saint-Étienne, conçus à partir de bois de récupération.

Question éclairage, il tente au maximum d’utiliser les LED hors scène, mais «cela reste difficile à développer en raison du coût».

Pour l’hébergement, le choix s’est imposé de réserver un hôtel à proximité - même s’il n’est pas le moins cher - afin de limiter les déplacements, ce qui a un véritable impact sur les transports.

Cette année, l’impression quadri a été abandonnée au profit de la bichromie qui utilise moins d’encres toxiques.

Enfin, des cendriers de ceinture sont mis gratuitement à disposition du public durant les festivités.

Les partenaires

Le tri sélectif et la distribution de cendriers de ceinture sont réalisés en partenariat avec la  Communauté d’agglomération Sophia-Antipolis, de même que la sensibilisation des publics  sur le site (stand d’information) et hors festival (cette année, un travail au long cours est mené auprès de 30 classes de primaires pour la création des Totems de l’environnement).

Le traiteur, Gilbert Monnier, est installé dans le pays Grassois et se fournit auprès de producteurs locaux.

La société Eco-Toilette est le seul prestataire du Sud de la France.

Le festival a recours à Eco-cup pour les gobelets (un débat est encours sur l’impact environnemental réel des gobelets réutilisables…).

Le graphiste Cédric Malo alias Tabas et le scénographe pour 2011 Alexis Dandreis sont également impliqués dans la démarche éco-responsable.

Les écueils

Le frein le plus important selon Sébastien Hamard est celui de l’investissement : «quand ça bloque c’est toujours lié à un coût trop élevé». Le festival aurait souhaité ne choisir que des fournisseurs éco-responsables, mais cela n’est pas toujours possible, notamment pour la fabrication de T-shirts en chanvre ou en coton bio équitable.

Concernant la régie technique, il est inenvisageable pour le moment de s’équiper entièrement en LED pour des raisons là encore de coût. En termes d’énergie et de consommation électrique, le festival loue des groupes électrogènes : «on ne peut pas faire autrement car on dispose d’un lieu qui n’a aucun équipement».

Bilan et perspective : quelle stratégie ?

«On est au maximum de notre investissement en termes d’éco-responsabilité» souligne Sébastien Hamard qui souhaite néanmoins accentuer certaines de ses actions. Comme la dématérialisation des produits de communication via les outils numériques, le développement du co-voiturage ou la baisse des consommations d’énergie. Car tout ce qui est mis en œuvre depuis 2007 n’est pas inutile : «les gens sont attachés à notre démarche».

L’événement 2011 sera certainement l’usage d’une voiture à air comprimé fabriquée à Carros : l’équipe et le concepteur réfléchissent actuellement à des modalités de partenariat en vue d’utiliser ce véhicule pour les allers et retours festival-hôtel.

Afin de dresser un premier bilan, les Nuits carrées ont fait appel à une société d’expertise, EO Développement, dans le cadre du dispositif AGIR mis en place par la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais un bilan carbone, encore trop coûteux, serait le plus sûr moyen d’étudier l’impact environnemental du festival…

La plateforme aér

Pour Sébastien Hamard, la plateforme aér s’adresse avant tout aux débutants car le festival maîtrise déjà l’ensemble des thématiques, lui-même étant intervenant dans de nombreuses formations : «je suis partisan de dire aux gens qui se lancent de chercher les informations, mais il faut leur donner des pistes et non pas les assister. Il faut trouver un juste équilibre entre le «tout cuit» et l’absence de relais régional institutionnel qui demeure essentiel». Selon lui il reste à inventer une structure qui ne soit pas une agence d’expertise privée.

M.G.-G.

Remerciements à Sébastien Hamard, directeur des Nuits carrées d’Antibes

La 5e édition se déroulera les 1 et 2 juillet 2011

www.nuitscarrees.com