Les Festiv'hauts
L’association briançonnaise Les Décâblés organise deux festivals par an sur son territoire ; l’un en hiver, l’Altitude Jazz Festival, le second au mois d’aout, les Festiv’hauts. Nés avec le développement durable, les fondateurs des Décâblés ont spontanément intégré la question des impacts environnementaux dans leurs choix organisationnels. Difficile lorsque les moyens financiers, humains et techniques manquent et que le territoire se caractérise par son enclavement. Mais pas impossible comme en témoigne Simon Liberelle, salarié administratif et régisseur de l’association qui prône la mutualisation pour combler le manque de moyens.
Quelles sont les caractéristiques de ce festival ?
C’est un festival de spectacles de rue et de musique, essentiellement des groupes de chanson française acoustiques. Le volet « arts de la rue » est porté par l'association Rêv’Arts Disent. L’ensemble se passe dans la ville et aussi dans l’enceinte à ciel ouvert des anciennes casernes. Nous y organisons des ateliers pour parents et enfants en journée et des concerts le soir. L’ensemble est gratuit. Notre démarche éco-responsable s’est donc concentrée sur la caserne dans le cadre des Festiv’hauts, car dans la rue ce n’est pas de notre ressort.
Par quoi avez-vous démarré ?
Il est difficile de faire une chronologie ou une hiérarchie car nous avons dès les premières éditions, pensé à la question environnementale. Elle est intrinsèque à l’organisation du festival. Nous sommes une équipe assez jeune et nous avons grandi avec la question du développement durable. C’est culturel d’autant que nous vivons dans un endroit très privilégié et nombre de montagnards respectent leur environnement. C’est juste normal. Mais la question de l’éco-responsabilité est aussi une question touristique et économique. Briançon est une ville très visitée l’été. Il s’agit essentiellement de touristes en recherche de nature, la dégradation des lieux serait incompatible avec l’image de Briançon et cela mettrait en péril l’existence même du festival. Mais franchement, ce n’est pas ce qui a orienté notre plan d’actions, qui a été au départ, plus intuitif que raisonné.
Nous agissons sur les postes sur lesquels nous avons la main et notre démarche s’est au fur et à mesure développée pour plus de cohérence :
Les déchets : à la caserne, on installe des containers pour le tri qui jusqu’en 2011, nous étaient mis à disposition par la communauté de commune. Mais, il ne s’agissait pas de containers spécifiques au tri, nous utilisons donc maintenant des grandes poubelles que nous avons décorées pour une meilleure signalétique et esthétique. Sur place deux bénévoles orientent le public pour le tri, expliquent le fonctionnement des toilettes sèches et en assurent la maintenance. Malheureusement, nous ne pouvons pas évaluer les volumes de déchets, car nous amenons nous même les poubelles en décharge où nous affinons le tri.
Les toilettes sèches : les toilettes sèches ont un coût que nous avons absorbé en investissant à quatre associations, il y a deux ans, dans la réalisation de quatre cabines, dont une pour les personnes à mobilité réduite. Mais entre le montage, l’entretien, le stockage, la maintenance, le transport et la gestion des déchets, je ne suis pas sûr qu’il soit très rentable de s’équiper. Il est peut-être préférable de louer. Par ailleurs, comme il nous est impossible d’épandre, tout repart dans « le circuit humide ». C’est idiot.
Les deux bénévoles qui sont sur le site gèrent aussi les toilettes sèches, le nettoyage et l’enlèvement des déchets. C’est indispensable pour un bon fonctionnement. L’année prochaine, nous réfléchissons à une comédienne, transformée en dame pipi, qui animerait les lieux pour une pédagogie plus efficace.
Le transport : notre public est 100% local, nous n’avons donc pas organisé de covoiturage, d’autant que beaucoup de gens vivant dans des villages enclavés ont l’habitude de mutualiser leurs déplacements. Pour les artistes, qui sont presque tous français, nous privilégions le train et plus précisément le TGV qui arrive en Italie à quelques encablures de Briançon.
Sur le festival de jazz, nous avons mené une évaluation plus approfondie qui nous a engagés dans une nouvelle démarche comme le prêt de matériel afin de limiter les volumes et déplacements.
Gobelets : très vite, nous avons acheté un stock de 3000 gobelets lavables qui s’est révélé insuffisant, aujourd’hui nous en avons le double. Nous nous sommes, en effet, rendu compte que de nombreux spectateurs les gardaient. Nous avons donc passé la consigne à 2 euros. Mais cela ne change rien, si ce n’est que nous ne perdons plus d’argent et que nous réinvestissons les bénéfices dans de l’équipement supplémentaire. Cet investissement, nous l’avons fait à quatre associations comme pour les toilettes sèches. Nous prêtons ou louons ce stock pour les structures du territoire qui nous le demandent, mais le problème d’hygiène est réel car le séchage est long et réclame beaucoup de place. Je ne suis pas sûr qu’il s’opère toujours dans les règles de l’art.
Communication : nous ne nous sommes pas vraiment penchés sur la question si ce n’est que nous utilisons des papiers issus de forêts gérées durablement et que notre imprimeur local à la marque Imprim’Vert. Par ailleurs, nous avons un site d’information, sans billetterie en ligne puisque la manifestation est gratuite.
Alimentation : jusqu’à l’année dernière, nous faisions tout nous même et sincèrement nous n’avions pas de réflexion particulière sur le sujet d’autant que c’est un poste budgétairement essentiel pour nous, l’objectif principal était donc l’argent sans questionnement sur la qualité. Pour exemple, en 2010, la vente de frites saucisses et de bière a rapporté 7000 euros, ce qui est vital dans le cadre d’un festival gratuit. Puis, nous nous sommes rapprochés de la BioCoop de Briançon. Pour le festival de jazz par exemple, nous n’utilisons plus que du bio et du local. Par ailleurs, nous avons embauché des cuisiniers de l'association « la Poêle dans la main » habitués à travailler ces produits et franchement tout le monde s’est régalé. Pour les Festiv’hauts 2012, nous suivrons la même démarche. C’est un tout petit peu plus cher mais quel confort de ne plus gérer ce poste et surtout quel plaisir pour le public, les artistes et les équipes.
Énergie : tous les flux sont mis à disposition et financés par la ville, nous n’avons donc pas d’actions allant dans le sens de la maîtrise des consommations énergétiques, excepté l’utilisation pour l’éclairage de quelques LED mais cela reste encore un épiphénomène car l’association Acousmie, qui est basée à Veynes et nous fournit les équipements, n’a pas ce type de matériel à disposition.
Avez-vous estimé les surcoûts liés à cette démarche et avez-vous des financements spécifiques ?
Comme nous faisons tout nous-mêmes et avec l’aide de bénévoles, les dépenses liées à la démarche sont minimes, d’autant que nous l’avons intégrée dès la conception de la manifestation. Quant aux financements, il n’y en a pas sur ce thème. On peut tout de même citer la ville de Briançon qui nous met à disposition ses équipements.
Que vous apporte la plateforme aér ?
La réflexion globale est intéressante. Tout particulièrement en ce moment, le temps est au serrage de coudes et c’est cette solidarité et culture de la mutualisation que la Plateforme peut nous apporter. Je crains seulement que nous soyons un peu trop éloignés des centres névralgiques de la région pour profiter de cette mutualisation régionale et que nous devrons maintenir cette dynamique mais à un niveau local, tel que nous le faisons actuellement.
Le prochain Festiv’hauts se déroulera les 10 et 11 août 2012. Plus d’infos sur le site : www.festivhauts.fr







