Fiesta des Suds
La Fiesta des Suds déplace chaque année plus de 50 000 personnes en octobre et cela depuis plus de 20 ans. Véritable institution, en deux décades, la formule a évolué. Basée aux Docks, ancien entrepôt situé près du port, dans un quartier en pleine mutation, la Fiesta affiche une démarche éco-responsable, pas toujours facile à élaborer dans un lieu aux infrastructures non-adaptées. Jean Hubert, directeur général de l’association Latinissimo, en charge de la manifestation, liste les points d’amélioration et ceux dont il faudrait encore s’emparer. L’enjeu en termes de sensibilisation du grand public est réel, la Fiesta des Suds est un festival qui réunit un public large et éclectique, venu de toute la région et au-delà.
Comment avez-vous entamé la démarche ?
Une prise de conscience, comme beaucoup, que les associations ont une responsabilité vis-à-vis de leur public et de la société et qu’en termes environnementaux, nous pouvions nous améliorer. C’était il y a 5 ans. Je porte la démarche parce qu’il est vrai que je me sentais concerné à titre personnel aussi. Mais, cela prend du temps et nous devons faire avec l’existant, c’est-à-dire les bâtiments. Suite à l’incendie et au moment de la reconstruction, pour diverses raisons et surtout financières, cette question n’a pas été anticipée. Nous devons donc nous adapter à ce qui est un cube de béton sans aucune isolation.
Comment avez-vous priorisé vos axes d’action ?
Nous n’avons pas fait d’état des lieux. Les postes les plus impactants, nous les connaissons, notre situation est similaire à de nombreux autres festivals et les priorités s’imposaient comme le transport, d’autant que basés en ville, nous avions des leviers pour faciliter et sécuriser la venue du public.
« Transport »
Le tramway arrive devant notre porte, nous avons donc négocié avec les autorités organisatrices de transport pour étendre la plage horaire jusqu’à 2h30. Cela est passé par des accords avec la RTM. Cette année, nous demandons une prolongation jusqu’à 3h30. Pour inciter à venir en transports en commun, nous avons instauré une politique de tarif réduit pour toute personne, qui à la billetterie présente son titre de transport.
Pour favoriser tous les modes de transport doux, nous avons créé un parking à vélo, gardienné. Nous avons délégué la gestion du lieu à l’association Vélo En Ville avec qui nous avons convenu un partenariat. Mais cela ne connaît pas le succès attendu, il nous faut donc augmenter la fréquentation en communiquant plus. Le festival Marsatac propose ce service dans ce même lieu, mais avec plus de succès, je pense que c’est lié à l’âge de notre public qui n’est pas le même et privilégie d’autre modes de transport.
Le public n’étant bien sûr pas que marseillais, des navettes gratuites entre Aix et Marseille, Vitrolles et Marseille sont mises en place. Cette année, il devrait y avoir une troisième ville du département concernée, mais le partenariat n’est pas tout à fait finalisé. Et enfin, nous essayons de motiver le co-voiturage en communiquant dessus et en mettant en ligne une bourse au covoiturage rapprochant les usagers.
Au niveau interne, nous avons monté un accord avec Citer qui nous fournit une voiture électrique pour le transport des artistes. Cela a essentiellement un intérêt en matière de sensibilisation.
Travailler sur la question du transport, c’est bien sûr aborder la question de la prévention des risques et de la lutte contre l’alcool au volant. Chaque personne qui s’engage à être pilote de soirée pour prendre en charge le retour de ses amis est invitée à laisser ses clefs de voitures en échange de tickets pour des consommations non alcoolisées. A la sortie, il est soumis à un test d’alcoolémie et informé de son état avant que ses clefs ne lui soient rendues. En revanche, nous ne sommes pas autorisés à l’empêcher de prendre son véhicule s’il le veut vraiment.
Vous avez travaillé la question du transport dans ses différentes dimensions, sur quel autre axe avez-vous planché et instauré de nouvelles pratiques ?
« Gobelets »
Nous avons acheté un stock de gobelets en plastiques lavables qui est utilisé non seulement lors de La Fiesta des Suds, mais aussi pour Babel Med et pour les différents événements qui se déroulent in situ. Au départ, nous avons eu du mal à mettre en place le système, nous avons fait appel à l’aide d’un prestataire. Aujourd’hui tout fonctionne, l’important pour moi est que les barmen soient formés, car ils sont présents sur les manifestations organisées aux Docks, lieu dont nous gérons l’animation et le fonctionnement. Pour le catring, c’est plus difficile car les personnes bossent et ont d’autres préoccupations que de conserver leur verre, mais nous allons systématiser la démarche pour l’ensemble du lieu. Systématiser une démarche innovante est indispensable pour aller encore plus loin. En ce qui concerne les surcoûts, ils ont été absorbés par des partenariats, bien sûr les verres sont ciglés.
« Tri sélectif »
Evidemment, nous pratiquons le tri sélectif en interne et en mettant à disposition du grand public les équipements nécessaires. Nous avons aussi une brigade de volontaires dédiés à cette question, fortement facilitée depuis qu’il y a les gobelets réutilisables qui ont permis de limiter les volumes de déchets. Le tri des déchets fait aussi partie du cahier des charges des restaurants avec lesquels nous travaillons. Nous les incitons à utiliser des emballages recyclables comme le pizzaiole par exemple qui a changé ses boîtes. Cependant l’éloignement des points d’apport pour le tri, nous oblige à faire de nombreux aller retours à la fin du festival. C’est beaucoup de travail.
« Toilettes sèches »
Le lieu est équipé de sanitaires et quand il nous faut des toilettes supplémentaires, nous installons des toilettes sèches, mais l’expérience a souvent été menée à l’occasion des soirées VIP, donc c’est encore un épiphénomène.
Avez-vous obtenu un financement particulier pour supporter la démarche ?
Oui, nous avons eu 10 000 euros de la Région dans le cadre du programme AGIR pour l’Energie
Votre démarche de développement durable s’est fortement musclée sur le volet environnemental, mais aussi social. Qu’en est-il ?
Justement, nous nous battons pour que La Fiesta reste dans ces bâtiments qui ont d’autres destinations que culturelles. Il nous semble qu’en qualité de producteurs de culture, nous avons un rôle social essentiel à jouer dans ce quartier où il y a de nombreuses difficultés. Chaque année d’ailleurs, nous invitons nos voisins les plus proches comme les habitants du boulevard de Paris pour compenser les désagréments et depuis 10 ou 12 ans, nous offrons 300 places à la Culture du Cœur et nous avons un partenariat avec la Fondation Abbé Pierre.
Que vous apporte la plateforme aer ?
Elle me permet surtout de ne pas m’endormir, de continuer à m’interroger sur la façon de progresser. Nous sommes tous pris dans un engrenage quotidien et la plateforme nous aide à nous structurer. C’est une sorte de garde-fou et qui réclame un certain niveau d’exigence.
Interview de Jean Hubert, directeur général de l’association Latinissimo, en charge du festival marseillais La Fiesta des Suds







