Midi Festival
Festival à taille humaine, le Midi Festival a pourtant de grandes ambitions en matière artistique. Chaque année, la manifestation s’étoffe et investi de nouveaux lieux, toujours plus beaux, toujours plus fragiles. Sans une démarche éco-responsable, l’évènement perdrait sa légitimité et la confiance de ses partenaires.
1/ Dans quel contexte évolue le Midi-Festival et quelles sont ses caractéristiques ?
L’association organise un festival de musique à Hyères l'été et Toulon l'hiver. Notre programmation fait la part belle au rock, à la pop, à la musique électro pour les nocturnes et aux tendances émergeantes en général. Cet été, nous avons achevé notre 7ème édition avec l'ouverture de nouveaux sites pour faire face à la croissance du festival qui a accueilli plus de 5000 personnes en juillet contre 3500 en 2010. A l'origine, notre site historique, ce sont les jardins de la Villa Noailles d'Hyères, maintenant nous investissons aussi la plage Almanarre et l'Hippodrome d'Hyères. Depuis 2010, nous nous sommes lancés dans une version hivernale du festival. Les 24, 25 et 26 novembre, le festival installera ses quartiers d’hiver à Toulon.
2/ Pourquoi vous êtes vous lancez dans une démarche éco-responsable ?
Nous avons un public de plus en plus nombreux et les sites que nous occupons sont considérés comme fragiles, voire exceptionnels. La plage de l'Almanarre, spot préféré des surfers, est une langue de sable très protégée, les jardins de la Villa sont somptueux et une magnifique pinède héberge l'hippodrome. Le festival perdrait toute crédibilité auprès de ses partenaires si les lieux étaient abîmés par la foule, la durabilité du festival passe par la protection de ces environnements. Jusqu'à ce développement sur des sites sensibles, nous menions quelques actions allant dans le sens de la protection de l'environnement comme l'utilisation d’éclairages LED, mais rien de très notables et structuré, nous n'avions aucune approche globale ni stratégique. C'est grâce à la plateforme aér que j'ai pu me former, et piloter l'ensemble de la démarche.
3/ Comment avez-vous construit votre programme d'actions et en quoi consiste-t-il ?
Nous sommes trois salariés et c'est d'abord ensemble que nous avons débattu des axes d’intervention. Nous n'avons pas fait de diagnostic, mais les échanges avec les autres festivals dans le cadre de la plateforme aér, nous ont permis de définir les points noirs communs à tous, c'est-à-dire le transport, les déchets, l'économie des flux et les achats. A partir de là, nous avons envisagé un programme d'actions en associant à la réflexion les membres de l'équipe étendue aux non-permanents, les prestataires et partenaires institutionnels concernés.
Transport : Nous avons mis en place des navettes gratuites entre nos différents sites, dont le camping avec lequel nous avions un partenariat pour l'hébergement des festivaliers.. Nous avons aussi invité via notre site, les festivaliers à utiliser le site covoiturage.fr pour mutualiser leurs déplacements. Tous nos outils de communication informaient sur les trajets et horaires des navettes.
Les déchets : pour la première fois, nous avons organisé le tri des déchets sur les sites. Nous l'avons fait nous-mêmes, car cela coûtait trop cher de faire appel à un prestataire. Aidés amicalement par l'association Aremacs, nous avons pu concevoir notre plan d'actions et bénéficier de leurs conseils techniques. Cette opération a nécessité le travail de 5 bénévoles pendant tout le festival et l'embauche d'un régisseur tri des déchets, la création d'une signalétique réalisée en interne, des bennes prêtées par la mairie, des supports et sacs pour les poubelles de tri, en tout le coût s'est élevé à 1500 euros, ce qui est très peu. Cela a très bien fonctionné et je suis assez fière que nous ayons réussi en interne à mener une opération qui au préalable pouvait sembler extrêmement complexe.
Economie des flux : Cet axe a surtout porté sur le volet énergie et consommation d'eau. Nous avons eu deux opérations majeures : l'utilisation systématique de LED car l'éclairage est un poste extrêmement énergivore et l'utilisation de toilettes sèches. Pour les LED, il n'y a pas de problème car les techniciens sont aujourd'hui formés à leur utilisation et il n'y a aucune perte en créativité d'autant que cette pratique était déjà en vigueur et que nous avons toujours œuvré pour une limitation des éclairages. Pour les toilettes sèches, nous avons fait appel à un prestataire local (83ème Parallèle situé à Toulon) qui a pris en charge la location et installation des cabines, l'information et sensibilisation du public, le stockage et l'épandage. Il n'y a eu aucune réticence du public, au contraire, tout le monde a gagné en confort.
Communication : Pour le papier utilisé pour les supports de communication, nous sommes passés de 350 à 90 grammes. Nous avons aussi changé d'imprimeur au profit d'un prestataire de proximité, référencé Imprim'Vert et qui nous fourni en papier garanti PEFC, c'est-à-dire de forêts gérées durablement. Habituellement, nous produisions aussi une dizaine d'affiches de très grand format pour faire des cadeaux et archiver, cette année nous avons abandonné. Enfin, nous utilisons de plus en plus l’outil internet pour limiter le papier.
Restauration La restauration a également fait l'objet d'une réorganisation. Les personnes qui s'occupent du catering ne travaillent qu'avec des produits locaux et nous avons passé un marché avec les Jardins La Pauline qui se trouvent au Pradet à côté de Toulon. C'est une association d'insertion qui cultive des produits de qualité et de saison. Nous avons aussi limité la viande dans les menus. Pour la restauration du public, nous avons un stand tenu par l'association qui travaille aussi avec des denrées des Jardins La Pauline et nous faisons appel à un prestataire extérieur qui propose des plats plus élaborés, mais dont nous ne contrôlons pas le mode de production.
4/ Quels ont été vos partenaires pour ces différentes actions ?
Nous avons des partenaires financiers comme la Région, l’agglomération Toulon Provence Méditerranée, le Conseil Général du Var, la ville d’Hyères qui nous apportent un fort soutien financier mais aussi technique en nous faisant profiter d'équipements comme les bennes pour le tri ou l'installation de scènes. Nous avons aussi des partenaires privés Agnes b, l’ADAMI, le bureau d’étude Eclosion, qui nous a accompagnés pour l'élaboration d'actions en faveur de la maîtrise d'énergie dans le cadre du programme régional AGIR, dont nous avons bénéficié et qui nous a permis d'obtenir une subvention de 10 000 euros. Enfin, il y a Aremacs qui nous a fait bénéficier de ses compétences.
5/ Vous organisez un festival l'été puis une seconde édition l'hiver, la saison modifie-t-elle le programme d'actions ?
La démarche est radicalement différente en été, car nous occupons des sites que nous installons nous mêmes en extérieur et dans des environnements fragiles. L'hiver, nous sommes dans des salles qui ont leur propre protocole de fonctionnement et sur lequel nous n'avons aucune prise, si ce n'est le tri sélectif que nous maintenons.
6/ Quelles difficultés avez-vous rencontrées et quels moyens préconisez-vous pour les contourner ?
La principale difficulté est financière, car au départ il y a forcément un surcoût en achat d'équipements nouveaux et de fournitures de qualité comme le papier, en production de signalétique en location pour les toilettes sèches, mais le plus gros budget a été consacré au transport et aux navettes. J'espère que nous arriverons à terme à monter des partenariats avec les Autorités Organisatrices de Transport, pour l'instant elles ne sont pas encore dans cette dynamique. Techniquement, cela a été plus simple que nous pouvions le craindre, comme pour le tri des déchets que nous avions pris à notre charge, mais qui finalement s'est déroulé sans accroc.
7/Comment avez-vous mobilisé les équipes ?
On est allé à la rencontre de chacun pour expliquer la démarche et les changements de pratiques que cela allait imposer, mais il n'y a eu aucune réticence ni difficulté de recrutement pour la brigade éco-festival dont les membres ont parfaitement mené leur travail. Nous avons bien sûr formé préalablement les équipes de bénévoles dont la brigade éco-festival et avons nous-mêmes profité de l'accompagnement d'Eclosion pour l'énergie et d'Aremacs pour les déchets.
8/ Evaluez-vous vos pratiques ?
Nous n'avons pas tout évalué comme l'eau par exemple car nous n’avons pas d’antériorité sur les consommations. En revanche pour les déchets, je sais que 14% des déchets ont été valorisés sur un total de 18 000 litres de détritus récoltés. Pour les transports, nous avons lancé une enquête pour connaître la provenance des festivaliers, les distances parcourues… En ce qui concerne les équipes, nous allons utiliser les factures des frais de déplacement, ainsi nous pourrons renseigner notre bilan carbone. Pour la communication idem, nous avons limité tous nos papiers à 90 grammes donc avec les factures nous allons vite voir l'économie de papier réalisée. Sur l'aspect qualitatif, c'est beaucoup plus facile et évident. Tout d'abord, que ce soit pour les toilettes sèches ou le tri des déchets, on note une forte amélioration du confort du festivalier mais aussi des équipes techniques dont le ménage est limité et beaucoup moins ingrat. Le transport collectif est aussi un progrès notable en matière de sécurité routière. Nos festivaliers rentrent parfois tard et nous préférons les savoir bien accompagnés. Enfin, nous avons vraiment l'impression de faire écho aux attentes du public qui est très bon élève en matière d'éco-gestes et a très vite adhéré à la démarche. Je pense que notre image gagne en qualité et que c'est une communication différente mais très positive.
9/ En quoi la plateforme aér vous a-t-elle été utile pour mener à bien ce projet ?
La plateforme aér a été un levier pour nous engager de manière cohérente dans une stratégie globale. C'est un lieu où nous avons pu échanger avec les autres et ainsi profiter de leur expérience, de leurs déboires et de leurs réussites ainsi que de leur connaissance des prestataires locaux. Par ailleurs, la plateforme est entrain de nous aider à mutualiser un stock de gobelets réutilisables qui serait mis à disposition des festivals et dont le séchage et le lavage suivraient un parcours prédéfinis et commun à tous. Nous attendons que cela aboutisse pour élargir notre démarche à cette action, techniquement complexe.
Plus d’infos : www.midi-festival.com/
Interview de Béatrice Miniconi, Chargée de production et administration


Nombre de festivaliers : 5000 en été
Budget global : 200 000 euros
Subventions pour la démarche éco-responsable : 10 000 euros (programme régional AGIR pour l'Energie)
Equipe : 3 salariés permanents, 50 personnes pendant le festival
Déchets : 18 000 litres de déchets triés, 14% de valorisés
Communication : supports papier de 90 grammes au lieu de 350 grammes





