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Les joutes musicales de printemps

Musiques du monde dans le Var

La localisation d’un festival influe sur les choix et priorités en matière d’éco-responsabilité. Ville ou campagne, les contextes changent et obligent à adapter les démarches. Né et situé en plein cœur de la Provence Verte, à quelques encablures de Brignoles, Les Joutes Musicales de Printemps ont fait leur nid à Correns. Laurent Sondag, responsable de la communication et de l’éco-responsabilité narre les aléas et atouts d’une manifestation culturelle, champêtre et respectueuse de son environnement.

Dans quel contexte évolue ce festival ?

En 2012, nous fêterons la 15ème édition des Joutes. Ce festival est la vitrine du Chantier, centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, lieu laboratoire unique sur le territoire national. Si en 15 éditions il s’est développé et professionnalisé, il reste à taille humaine. Nous accueillons environs 3000 personnes sur le week-end et nous désirons maintenir cette intimité propice à un festival de découvertes et de création.

Le village de Correns a 800 habitants et le temps du weekend de Pentecôte, les Joutes musicales l’investissent en totalité : l’église, le Fort Gibron, la salle des fêtes « La Fraternelle », le Théâtre de verdure, la place du village.

Ici l’éco-responsabilité est une évidence. Correns est un village très sensibilisé à cette question car il est le premier village bio de France : depuis 1995 l’ensemble des agriculteurs s’est converti au bio et la population est un véritable moteur pour les questions de développement durable. Les gens sont très respectueux de l’environnement lors du festival, mais c’est aussi un état d’esprit qui règne au village.

Comment avez-vous développé et enrichie la démarche d’éco-responsabilité ?

Le programme AGIR a été déterminant car il nous a donné les moyens d’avoir un consultant spécialisé sur le développement durable. Sur une année, il a formé l’équipe, réalisé des diagnostics et des préconisations aussi bien pour le fonctionnement de la structure que pour le festival. Nous avons pu ainsi formaliser des actions, investir dans du matériel et revoir tout notre fonctionnement avec le prisme du développement durable.

Quelles sont les priorités de votre programme d’actions ?

Les transports :
Bien sûr et comme pour tous les festivals, le poste le plus impactant est le transport d’autant que nous sommes situés en milieu rural.
Les gares TGV et les aéroports sont à une heure de Correns en voiture mais pour venir jusqu’à Correns, le réseau des transports en commun n’est pas très développé.
En ce qui concerne le public, on incite au covoiturage via l’association Garrigues et covoiturage.fr, deux structures sur lesquelles nous communiquons avec la plaquette, le site, les newsletters. C’est certainement sur le moyen terme que les habitudes de covoiturage se développeront.
En interne et tout au long de l’année, on a aussi rationnalisé les transports : certains salariés qui vivent loin de Correns, dorment parfois sur place ou peuvent faire du télétravail.

Achats responsables :
La politique d’achat est devenue l’une de nos priorités et la ruralité est un atout surtout pour l’alimentaire. Que ce soit pour le catering géré par un prestataire ou pour la restauration du public, dont nous avons la charge, nous faisons essentiellement appel aux producteurs locaux et /ou bio. Nous privilégions ainsi le circuit court.
En ce qui concerne la vaisselle, nous avons investi dans un stock de gobelets lavables dont nous gérons le séchage et le stockage, pour le reste tout est biodégradable : assiettes, couverts et tasses à café. Pour les artistes, nous utilisons de la vaisselle lavable.
En ce qui concerne la communication, depuis plusieurs années déjà, nous utilisons des papiers de forêts gérées durablement et notre imprimeur, qui a obtenu la marque Imprim’Vert, propose des encres végétales. Nous avons aussi proscrit tout ce qui est pelliculage. Mais je précise que nos supports papiers concernent seulement le programme et les affiches.

Gestion des déchets :
Depuis trois ans, nous avons pu constituer un groupe de bénévoles très impliqués sur ce sujet, qui travaille en partenariat avec le SIVED (Syndicat Intercommunal pour la Valorisation et l’Elimination des Déchets). Le syndicat met également a disposition, des ambassadeurs du tri qui font de la sensibilisation auprès du public.
Il est important de rappeler que Correns est le premier village entièrement bio de France. Le public est en attente d’une démarche environnementale. Cela n’empêche pas de faire des piqures de rappel comme la distribution de cendriers de poche ou la création de jeux de sensibilisation.

Gestion des toilettes sèches :  
On a commencé en 2010 avec 3 cabines auxquelles se sont ajoutés des urinoirs en 2011. C’est un investissement que nous avons pu faire grâce aux programmes AGIR et AGIR+. Ce sont des bénévoles qui s’en occupent et ils sont très volontaires. Nous gérons tout nous même car ce n’est pas un très gros festival. Il faut vider les déchets une à deux fois par jour pas plus et l’épandage est fait par un propriétaire terrien du coin. Les toilettes nous appartiennent car nous les avons faites construire par un artisan menuisier de Correns qui a depuis travaillé pour le festival d’Avignon et s’est ouvert d’autres perspectives en se positionnant sur ce nouveau marché.

Avez-vous mis en place une démarche d’évaluation et donc des indicateurs ?

C’est nécessaire et même indispensable pour évaluer notre progression.
En 2011 un stagiaire, Bruno Ricard a pris en charge avec moi la dimension éco-responsabilité et donc les indicateurs comme ceux liés à l’énergie qui réclament un suivi régulier des factures et des relevés de consommation. Cela ne semble pas compliqué mais encore faut-il avoir le temps de le mener à bien, même s’il est vrai que seuls ces indicateurs nous permettent d’établir une hiérarchie des priorités.

Cette démarche a-t-elle grevé votre budget ou au contraire vous a-t-elle permis de faire des économies ?

Cette démarche globale n’aurait pas été possible sans le programme AGIR. En effet, de nombreux investissement ont été réalisés (les toilettes sèches, gobelets recyclables, vaisselle compostable et des aliments bio…).  Le bilan carbone, les diagnostics, la sensibilisation-formation de l’équipe ont eu également un coût et c’est encore grâce à ce programme régional que nous avons pu bénéficier d’un bureau d’étude expert qui nous a accompagnés.

AGIR a représenté 21 000 euros de subvention en 2010 et 8000 en 2011.

Quels sont les principaux obstacles à cette démarche éco-responsable ?

Nous avons des problèmes bien identifiés : il n’existe pas de transports collectifs pour rejoindre Correns et les coûts de transport augmentent. Le principal obstacle est d’ordre financier car le surcout de l’alimentation bio est vraiment réel. Petit détail d’ordre esthétique : les poubelles que l’on nous fourni gracieusement sont des containers classique et donc peu pratiques.

Quelle sensibilisation proposez-vous aux équipes ?

En 2012, pour le festival, j’aimerais organiser avec les équipes des rendez-vous récurrents et transversaux sur la question globale du développement durable, dont la culture est pour moi le quatrième pilier. Au moment de la mise en place du festival, nous sensibilisons les bénévoles et techniciens.

En 2010, nous avons bénéficié d’une formation dispensée par le bureau d’études.

Quels sont vos partenaires privés et publics pour mener à bien cette démarche ?

La Région, l’Arcade avec aér, Jean Claude Herry (bilan carbone et programme d’action), Dominique Brossot (Entre Pierres et bois à Correns, toilettes sèches), les vignerons bio de Correns, les maraîchers de Correns, les coopératives bio de Brignoles et Salernes, la commune de Correns, le SIVED, l’imprimerie CCI à Marseille.

Que vous a apportée la plateforme aér ?

C’est l’occasion de rencontrer d’autres personnes, d’avoir un interlocuteur sur ces questions qui puisse coordonner les acteurs ou répondre à nos questions. La plateforme aér c’est avant tout un accompagnement, un lieu ressource.

Plus d’infos : www.le-chantier.com

Interview de Laurent Sondag - Le Chantier - Correns