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Ambiosonic

Le festival Ambiosonic, qui se déroule en juin dans le Var, est un véritable laboratoire de l’éco-responsabilité. Jean-Louis Simion, directeur du festival s’appuie sur la manifestation pour développer de nombreuses innovations techniques et d’usage. Créativité, débrouillardise et un brin de génie sont les moteurs d’une démarche environnementale très poussée. Interview.

Quelle est la genèse de votre démarche éco-responsable ?

En fait, depuis la création de l’association en 2004, nous avons une démarche éco-responsable. Mais celle-ci était de toute façon incontournable, car nous sommes dans la capitale du massif des Maures, Collobrières, petit village en plein cœur de forêts domaniales et zones protégées. Il faut ajouter que la plupart des membres actifs de l’association vivent en pleine nature et sont par vocation très sensibles aux problèmes d’environnement. Selon les différents visages sous lesquels se présente la nature, nous avons appris à composer avec elle et par elle. C'est aussi ce lien entre l'art et la nature que nous avons voulu mettre en avant à travers cet événement.

En quoi l’esthétique de ce festival favorise-t-elle l’éco-responsabilité de chacun ?

C’est un festival de musique Ambient en conjonction avec de nombreuses formes d’art, unique en Europe. L’Ambient est une musique  par nature délicate, éclectique, souvent groovy, et se conjugue très bien avec le Land Art qui la décore. Nous avons un public très diversifié qui vient ici aussi pour cette cohérence, pour ce voyage dont le véhicule est la musique, l’art et la nature. Même des publics qui pourraient paraître très éloignés du concept, se trouvent sensibilisés et prolongent leur séjour.

Quel est votre programme d’action et comment l’avez-vous élaboré ?

Transport : notre situation géographique pose un véritable problème, car il y a peu de transport en commun. Grâce à l'inscription informatique préalable de chaque festivalier, nous avons développé un système de covoiturage qui met directement les gens en relation et leur permet ainsi de voyager en diminuant l'impact environnemental. Il faut préciser que les gens qui viennent de loin restent sur place pendant les trois jours, sans utiliser leur véhicule. Les déplacements de campeurs et de bagages entre les différentes zones du festival s'effectuent en traction animale, un lien important au niveau humain

Déchets : bien sûr nous avons mis en place le tri des déchets des festivaliers, seul réel volume généré par l’activité du festival. Nos propres déchets sont presque tous valorisés, par exemple les quelques cartons qui servent à alimenter le four à bois destiné à la transformation des produits alimentaires pour la cuisine ou l’amendement des eaux grises par lagunage.

Pour les déchets d’ordre alimentaire, nous compostons. Les fruits sont pressés sur place pour le jus et les autres boissons sont livrées en fûts appartenant aux distributeurs. Pour les gobelets et vaisselles consignées, nous avons confectionné un séchoir solaire nous permettant d’avoir un flux tendu. Nous pouvons expérimenter des solutions sans grand effet néfaste sur l’économie du festival en cas d'insuccès puisque nous sommes les promoteurs de ces innovations et ne faisons pas appel à un prestataire extérieur.

Camping : c’est un festival qui dure trois jours, la plupart du public reste et loge dans un espace camping alimenté en eau de source. Nous l’avons aménagé avec des toilettes à litière bio-maîtrisé que nous compostons et valorisons nous-mêmes et des douches solaires. Tous ces équipements sont pérennes, réutilisés d’une année sur l’autre et améliorés.

Alimentation : Nous travaillons essentiellement avec les agriculteurs du coin pour favoriser les circuits courts et la qualité, issus de l’agriculture biologique autant que possible. Ils livrent avec leurs propres containers ce qui permet de ne pas générer de déchets, et la saisonnalité des fruits et légumes et l’absence de viande nous dispense d’une chaîne de froid. Pour les boissons, c’est la même chose, nous faisons nos propres jus de fruits issus du territoire.

Énergie : Nous avons un programme assez poussé en matière de maîtrise de l’énergie, ce qui nous a permis d’obtenir une subvention conséquente du programme AGIR. Une grosse partie de cette enveloppe a été consacrée aux systèmes d’accumulation d’énergie à partir du photovoltaïque et d’équipements de haut rendement pour l’exploitation. Nous pouvons alors pratiquement être autonome, de la réfrigération des boissons, à l’éclairage du site, de scène et  de la décoration en LEDs basse tension, au système de sonorisation. Bien que ces dispositifs soient chers, ils sont réellement pérennes, l’investissement est donc à long terme. Une autre tranche a été réservée au système de diffusion audio que nous avons développé depuis plusieurs années, unique en France pour un dispositif mobile. Au lieu d’être une projection de la scène vers le public, nous avons un système qui permet une meilleure répartition du son. Les festivaliers se retrouvent dans un espace ou la pression sonore est constante partout. Les haut-parleurs sont disposés en hémisphère et le traitement est fait en numérique qui permet une écoute qualitative dans toute la zone sonore en dessous des 85dBm, ce qui annule le risque auditif.

Vous initiez de nombreux dispositifs et êtes les concepteurs de ces équipements innovants. Quels sont les autres apports de l’association en matière de maîtrise de l’énergie ?

Les exemples sont nombreux, nous expérimentons tous types de systèmes entrant dans la réalisation évènementielle et artistique, avec l’avantage de pouvoir l’appliquer sur de petits volumes sans grands coûts de prototypage. Enfin, nous réfléchissons à un label environnemental pour les artistes afin de les responsabiliser. Une grande partie des artistes qui participent à notre festival sont rentrés dans cette réflexion par notre gestion de la musique équitable et la sensibilisation environnementale.

Comment partager et transmettre les trucs, astuces, dispositifs que vous avez initiés ?

On a plein de solutions, mais qui sont adaptées à notre concept et à notre festival, elles ne sont pas forcément toutes transposables. Notre jauge limitée facilite la gestion de l’éco-responsabilité et la réservation des entrées permet d’avoir un suivi du public, des retours d’expérience et de participation. Si tout n’est pas généralisable, en revanche nous faisons des coproductions avec d’autres festivals, auxquels nous apportons notre expertise.

Qu’est ce que vous apporte la plateforme aér ?

La plateforme m’a donné une visibilité par rapport aux autres festivals, ils nous ont aussi aidés à identifier les manques et à hiérarchiser les solutions, comme en communication par exemple ou nous avons des lacunes. Et puis, cela nous permet d’exporter notre approche auprès des autres : démarche Négawatt, sobriété heureuse.

www.ambiosonic.org 

les 22, 23 et 24 juin 2012

Interview de Jean-Louis Simion, directeur du festival Ambiosonic