Marsatac 2011 : l’innovation au cœur de l’éco-responsabilité
Souvent cité en exemple pour son volontarisme en matière d’éco-responsabilité, l’équipe de Marsatac a cette année encore innové en s’emparant avec méthode et créativité de la question essentielle du transport et de la restauration. Retour d’expérience avec le chef d’orchestre de la démarche : Caroline Varrall, chef de projets au sein de l’association Orane.
L’édition 2011 vient d’avoir lieu, quels constats faites-vous ?
La dernière édition a eu lieu du 29 septembre au 1 octobre. En tout, ce sont 40 formations artistiques qui se sont présentées pour un public estimé à plus de 23 000 personnes. C’est la première fois que nous étions totalement sold-out avant l’événement. A terme, nous serons obligés de trouver un autre lieu car nous sommes arrivés au maximum de nos capacités d’accueil à la Friche. Mais le choix d’un site devra prendre en compte tous nos questionnements sur l’éco-responsabilité. Pour l’instant, nous nous sentons bien à la Friche, c’est un endroit qui correspond parfaitement à l’événement. Nous le connaissons très bien, ce qui facilite la mise en place d’une démarche éco-responsable. Cette année ce fut donc un peu plus confortable pour mener plus en avant notre politique environnementale.
Vous avez beaucoup travaillé sur la question du transport cette année, dans quelles actions innovantes vous êtes vous engagés ?
Nous avons priorisé la question des transports qui participe à hauteur de 72% de nos émissions carbone. Le seul transport du public représente 58% des émissions. Ces chiffres datent de 2009, nous allons donc prochainement réaliser une nouvelle enquête transport. Concrètement, cette année nous avons monté un partenariat avec la RTM afin qu’une navette fasse toute la nuit, la liaison entre le site et le centre-ville. Il y avait une navette tous les ¼ d’heure. Toutes étaient complètent. En tout, ce sont 7700 personnes qui en ont bénéficié, c’est-à-dire 1000 de plus que l’année dernière. Il y avait aussi des navettes pour Aix en Provence, toutes les heures à partir de 2h30. Elles ont connu un vrai succès de fréquentation avec 450 personnes transportées. C’est un grand pas en avant en matière de limitation des émissions carbone mais surtout en terme de sécurité.
Nous avons aussi voulu privilégier les transports doux en mettant à disposition du public des garages à vélos sécurisés. Chaque cycliste se voyait offrir une boisson rafraichissante à son arrivée et était sensibilisé au cyclobus afin d’organiser des départs groupés plus sécurisants. Cette opération s’est faite en partenariat avec le collectif Vélo en Ville.
En matière de transport individuel, nous avons fait appel à Voitures and Co, une association qui sensibilise les groupes à désigner eux-mêmes un capitaine de soirée. Celui-ci laisse ses clefs à l’association qui ne les lui restitue qu’après un alcootest.
Notre expérience, ayant montré que les sites de co-voiturages n’apportent pas les réponses attendues, Voitures and Co a, in situ et en directe fait le lien entre des propriétaires de véhicules et des piétons. Il suffisait pour cela de s’identifier sur une liste.
Ce système a permis, en toute sécurité, le co-voiturage d’une centaine de personnes. Il y avait en plus des voitures « joker » pour ceux qui se sont retrouvés coincés : 4 voitures de l’association avec conducteurs.
Voiture and Co a été surpris par le succès de l’opération et a constaté que plus le public est jeune plus il est réceptif. La moyenne d’âge du public de Marsatac est de 24/25 ans.
Je ne l’ai pas précisé, mais, bien sûr, nous avons multiplié les points d’information sur les services et horaires proposés pour le déplacement. Et, en ce qui concerne le transport des artistes, comme nous n’avons que très peu de leviers, nous avons choisi de compenser financièrement auprès du GERES.
Sur quels autres postes avez-vous concentré vos efforts ?
Comme d’habitude, sur les déchets, les flux, les toilettes sèches et la communication avec la limitation de papiers imprimés, aussi renforcée par la dématérialisation que permet l’usage des TIC et plus précisément l’application Marsatac pour les Smartphones. Celle-ci est un moyen d’information, de réservation, de paiement et fait office de billet à l’aide d’un code barre présenté à l’entrée.
Sinon, cette année nous avons pris à bras le corps la question de la restauration. Sur l’esplanade, la moitié des consommations énergétiques étaient, en effet, liées à la restauration. Nous avons donc pris des mesures pour travailler sur ce poste et engager une campagne de sensibilisation des restaurateurs à la sobriété énergétique.
Nous avons divisé par deux le nombre de restaurateurs présents sur l’événement, mais nous avons eu plus d’exigences en matière de qualité. Sur place il y avait donc un restaurateur bio, un second qui est en cours de certification et un troisième restaurateur, qui sans l’être s’en approche. Tous sont sensibilisés au tri et compostage.
Avec le soutien d’AREMACS, qui nous a fourni les poubelles de tri et les bacs à compostage, nous avons monté un partenariat avec l’association Le Jardin des Aures située à Marseille dans le 15ème et dont la mission consiste à créer des jardins familiaux et à organiser le compostage dans des grands ensembles d’habitat social.
Cette année, nous avons pris en charge l’installation des stands pour la restauration. Nous avons pris le parti de louer les structures, excepté pour les bars qui ont été construit avec des matériaux en polycarbonate récupérés suite à des travaux. Ce polycarbonate a par ailleurs servi de support pour la signalétique. Ainsi, on pourra les réutiliser ou les prêter à d’autres organisateurs d’événements. Pour ces stands, nous avons exigé du bois FSC et des éclairages LED.
Au final, c’est une réussite en termes d’économies d’énergie et de qualité gustative. Nous n’avons eu que des retours positifs du public.
Qu’est-ce qui vous motive à renforcer chaque année la démarche ?
Depuis notre bilan carbone et grâce à l’évaluation, nous avons constaté de nombreuses améliorations, ce qui est extrêmement satisfaisant. 50% des scènes par exemple sont maintenant éclairées avec des LED et puis il y a le gain en confort et la sécurisation du public qui est une vraie récompense. Avec les toilettes sèches et le concours de l’entreprise Ecotoilettes, l’amélioration est indéniable : c’est plus hygiénique et fini les mauvaises odeurs.
En plus, les artistes commencent à avoir des exigences contractuelles en la matière, c’est une façon d’anticiper les attentes.
Votre programme est ambitieux. Comment rentabilisez-vous votre investissement ?
Le vrai problème est, en effet, financier car il y a un surcoût. Heureusement, nous bénéficions d’aides européennes (FSE et FEDER avec l'ADEME), départementales et régionales avec le programme AGIR. Malheureusement cela ne couvre pas tous les surcoûts, surtout que l’année prochaine les aides vont diminuer. Nous allons donc nous orienter vers le mécénat car nous avons été reconnus d’utilité publique l’année dernière. PACA Pour Demain, association qui fédère des entreprises qui oeuvrent pour le développement durable nous accompagne déjà sur le volet transport.
Mais il y a aussi des retours sur investissement qui ne sont pas quantifiables comme le confort du public ou l’image positive que cette démarche donne de l’événement.
Quelles sont les difficultés majeures rencontrées et comment les avez-vous contournées ?
Tout d’abord, il faut faire attention aux fausses bonnes idées. Les gobelets consignés par exemple n’ont d’intérêt environnemental que si ils sont utilisés à minima 7 fois, quant on sait que très souvent ils sont emportés à titre de souvenir et que dans ce cas on a juste créé un déchet supplémentaire. Idem pour les toilettes sèches, il faut analyser l’ensemble du système et se poser la question de l’épandage du compost car si celui-ci n’est pas fait de manière réglementaire ou sur des zones adaptées cela peut engendrer de graves pollutions.
Que vous apporte la plateforme aèr ?
Prioritairement, des échanges entre les festivals sur les résultats. J’attends aussi de la plateforme qu’elle nous aide à structurer des démarches communes permettant la mutualisation de matériel, de services et l’instauration de commandes groupées. Il faut que cette démarche devienne normale et qu’on ne parle plus d’éco-festivals. Demain, ce ne sera plus Marsatac qui sera présenté comme une exception mais bien ceux qui ne font rien en matière d’éco-conception d’un événement.
Quelles sont vos prochaines pistes de progression ?
Nous voulons étendre les navettes à d’autres zones et développer un partenariat avec la SNCF pour coupler des billets train/festival.
Plus d’informations : www.marsatac.com


Eco-responsabilité : une progression constante des résultats
- Déchets recyclables et valorisés : près de 30 m3, c’est-à-dire la moitié des déchets du festival.
- Papier : 78,3 grammes par festivalier cette année contre 111 grammes en 2009.
- Web : progression de plus de 100% de la fréquentation en deux ans
- Transport : 7700 personnes ont utilisé les navettes soit 1000 de plus que l’année dernière.
- Investissement : 8% du budget du festival, dont la moitié seulement est couverte par les aides.





