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Les plages électroniques de Cannes

Nées en 2006, le festival « Les Plages Electronique » s’est très vite mis au diapason de l’éco-responsabilité : « Une question de survie » comme l’explique Maïmouna Fall, responsable du développement et de l’éco-responsabilité « Des Plages Electroniques ».

Pourquoi l’éco-responsabilité est-elle devenue une question cruciale pour le festival cannois Les Plages Electroniques ?

Le festival se déroule en pleine saison touristique sur la plage située juste derrière le Palais des Festivals. Cette manifestation qui a vocation à faire découvrir un large panel d’artistes issus de la scène électronique accueille environ 10 000 personnes par soir sur la plage entre 18h00 et 00h30. Le challenge pour nous, c’est bien sûr de monter et démonter dans la journée, mais c’est surtout de rendre une plage propre, impeccable qui puisse accueillir dès le matin les vacanciers. Notre festival se déroule en pleine saison, il ne doit laisser aucun impact ; l’enjeu est environnemental mais aussi économique pour la ville. Pour nous, la question du temps est aussi essentielle, car monter et démonter en si peu de temps, c’est une course contre la montre. Le tri des déchets ainsi que la disparition des gobelets jetables au profit de gobelets consignés, nous ont aussi permis de gagner énormément de temps en nettoyage du site. La démarche éco-responsable a très certainement un rôle important à jouer pour la pérennité de ce festival.

Pouvez-vous nous préciser les axes majeurs de votre programme d’actions ?

Transport 

Le transport, c’est comme pour beaucoup de festival, le gros point noir à savoir 70 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour maximiser l’utilisation des transports en commun, nous montons des partenariats avec les Autorités, Organisatrices de Transport comme Bus Azur qui gère les transports en car sur l’ensemble du canton. En période de festival, ils renforcent et prolongent leur offre de nuit. Ces bus sont aux couleurs du festival. Nous devons aussi négocier avec la Région, la SNCF et Réseau Ferré de France afin que les lignes puissent être maintenues même en période de travaux.

Noctambus, la ligne qui relie Cannes, Nice et Grasse fonctionne du jeudi au dimanche, ce qui est un handicap quand nous faisons des programmations un autre jour de la semaine. Il y a donc de nombreuses difficultés liées au transport sur le territoire, je pense que c’est là l’enjeu le plus compliqué dans le cadre de notre démarche d’éco-responsabilité.

Même si nous faisons la promotion du covoiturage sur l’ensemble de nos supports de communication cela ne suffit pas pour absorber cette problématique de transport.

En ce qui concerne les déplacements d’artistes, lorsque cela est possible nous privilégions le train.

Les déchets

Pour le tri des déchets, nous faisons appel à un prestataire extérieur. Leur prestation comprend la formation des bénévoles (notre « Green Team »), la signalétique et l’évaluation des déchets recyclés ou non. En 2011, 51% des déchets ont été recyclés. Nous sommes aussi épaulés par le SIVADES, l’Etablissement Public de Coopération Intercommunale pour la Valorisation des Déchets sur le Secteur Cannes-Grasse qui nous permettent de financer l’opération. La Ville de Cannes ainsi que la SEMEC (Palais des Festivals) nous aident également en nous prêtant les containers nécessaires à la récupération.

La vraie plaie maintenant ce sont les mégots de cigarettes, on a beau distribuer gratuitement des cendriers de poche écologiques, les habitudes sont difficiles à faire changer. Nous allons continuer à distribuer des cendriers de poche, mais il faut que nous trouvions un sponsor car cela nous coûte trop cher.

Les toilettes sèches 

Depuis trois ans nous utilisons des toilettes sèches et là encore la différence est radicale pour le public. C’est beaucoup beaucoup plus agréable, plus propre, moins odorant et un peu plus fun. Même esthétiquement, les cabines s’intègrent mieux au paysage. C’est  vraiment un progrès et nous sommes donc très satisfaits. C’est une prestation que l’on achète. Nous faisons appel à Eco toilettes qui dispose une trentaine de cabines par soirée sur le site. C’est une prestation clef en main. Ils s’occupent de l’entretien des cabines pendant les soirées, récupèrent les déchets et en partenariat avec un agriculteur gèrent la question de l’épandage. Au départ, c’était plus cher que les cabines chimiques, mais après avoir négocié un partenariat, nous sommes parvenus à obtenir les mêmes tarifs que nos anciennes toilettes chimiques.

Les gobelets consignés

Les gens font de plus en plus attention à ne pas dégrader le site. Et moins, ils voient de déchets, moins ils en laissent traîner. C’est flagrant depuis la mise en place des gobelets et flûtes à champagne consignés, dont nous avons acheté un stock il y a maintenant trois ans.

La difficulté a été de faire admettre au début au public ce principe de consigne. Ils n’ont vraiment accepté qu’une fois qu’ils ont constaté le confort apporté sur le site. C’est un cercle vertueux, plus c’est propre et plus on le laisse propre.

L’autre difficulté vient du fait que nous gérons seuls notre stock et qu’il y a une vraie contrainte pour le lavage et le séchage, ce qui va nous a obliger à louer une machine spéciale, et qui représente donc un coût supplémentaire.

L’énergie 

C’est le Palais des Festivals qui gère l’électricité et nous refacture l’énergie dépensée. La seule chose que nous puissions faire, c’est d’utiliser un maximum de LED (diodes électroluminescentes). Elles sont esthétiquement et techniquement de plus en plus intéressantes, il n’y a donc pas de retours négatifs.

L’alimentation sur le site

Nous avons amélioré le catering pour les équipes en changeant de prestataire. Nous faisons dorénavant appel à un prestataire cannois. Il ne travaille que des produits frais, de saison, et si possible locaux, et prépare des repas bien équilibrés. La structure s’appelle Tama’a Cuisines Nomades et elle doit pendant le festival préparer quotidiennement 100 repas à midi, 100 le soir et 450 sandwichs à distribuer. Depuis la mise en place de cette formule, nous n’avons que des retours positifs que ce soit des artistes ou des techniciens.

En revanche,  nous n’avons pas encore trouvé de prestataire capable de proposer ce type de formule à prix abordable pour le public, car les volumes sont très importants et c’est une question complexe. Nous poursuivons donc toujours notre recherche.

Communication 

Nous avons axé notre démarche sur la dématérialisation : moins d’affiches et de flyers par exemple. En contrepartie, nous avons développé tout ce qui est outils web, billetterie électronique…

Et puis, nous avons un nouveau prestataire imprimeur, l’un des leaders français en impression écologiquement responsable. Cette imprimerie s’appelle Pure Impression et est basée à Montpellier.

Vous êtes en charge de ces questions au sein de la structure, quelle satisfaction retirez-vous de cette démarche ?

J’observe que les mentalités ont évolué même au sein de l’équipe. Le développement durable  n’est plus vécu comme une contrainte, car dès la première année le bilan a été positif. La grosse victoire, c’est la gestion des déchets. Nos partenaires : le SIDADES et la Ville de Cannes, sont très satisfaits des résultats et souhaitent pousser toujours plus loin la collaboration entre les différents services. Je note aussi que dans les réunions d’équipe, de plus en plus de choses sont abordées par le prisme du développement durable, c’est intrinsèque dorénavant à toute organisation.

Quels sont principaux partenaires dans cette démarche ?

La Région Paca auprès de laquelle nous avons obtenu, dans le cadre du programme AGIR, une aide de 10 000 euros en 2011. C’est aussi grâce aux aides des postes ADAC créés par la Région que nous avons pu pérenniser mon poste de chargée de développement. Autres partenaires importants dans cette démarche : la ville de Cannes et le SIVADES qui nous accompagnent de A à Z dans la gestion des déchets. Bien sûr, il y a le Palais des Festivals avec qui nous travaillons main dans la main. Enfin pour le transport, nous ne pourrions rien faire sans Bus Azur et la Sncf.

Comment évaluez-vous votre démarche ?

Notre évaluation se fait chemin faisant à l’aide d’un chargé de mission qui l’année dernière a rejoint notre équipe pendant 4 mois pour mettre en place avec moi une série d’indicateurs et les bilans. Là-dessus, le programme AGIR, nous a été d’une grande aide en listant des indicateurs pertinents comme : le tonnage des déchets (recyclé ou non), la fréquentation des transports, le nombre d’impressions limitées d’une année à l’autre…

Quel déploiement de la démarche envisagez-vous ?

Notre gros point noir, c’est de toute évidence le transport. Nous devons trouver des solutions pour avoir une offre qui soit adaptée à nos horaires de festival. Les deux autres gros chantiers : la restauration pour le public et le lavage et séchage des gobelets, un sujet sur lequel la plateforme aér peut être très utile. Nous avons besoin d’elle pour mutualiser des moyens financiers, techniques et humains. C’est vrai pour les gobelets et pour beaucoup d’autres postes.

La prochaine édition du festival se déroulera les 5, 12, 19 juillet et 2 et 16 août. Plus d’infos : http://www.plages-electroniques.com 

Interview Maïmouna Fall, responsable du développement et de l’éco-responsabilité