Les Voix du Gaou
La manifestation qui se déroule sur un lieu protégé et classée dans le réseau européen Natura 2000, l’île du Gaou, reçoit environ 35 000 spectateurs sur 10 jours : l’enjeu majeur du festival est de rassembler un public nombreux autour de sa programmation sans dégrader l’environnement.
Si la qualité du festival tient à sa programmation, sa magie doit beaucoup à la qualité du lieu. Pouvez-vous nous rappeler les enjeux d’un tel espace ?
Les concerts se passent sur l’île du Gaou qui est classée dans le réseau européen Natura 2000 donc fragile et qui réclame d’être respectée pour en préserver l’intégrité. La mairie est très attentive à cela et d’ailleurs, c’est cette dimension mise en avant dans le dossier de candidature qui a sans doute permis à ma société, Sud Concerts, de remporter l’appel d’offre lancé en 2009 par la mairie pour choisir une structure en capacité de porter le festival avec professionnalisme. Aujourd’hui, cette démarche éco-responsable est devenue essentielle pour la mairie qui se réjouit du respect des lieux. Le festival existait avant 2009 mais, de ce que je sais, peu d’actions allaient dans ce sens. A présent que la dynamique éco-responsable est enclenchée, il serait difficile de revenir en arrière.
Comment avez-vous initié la démarche ?
Nous nous sommes entourés de structures compétentes et expertes avec qui nous sommes partenaires depuis 2009 : l’association Surfrider, l’Institut Océanographique Paul Ricard et l’association spécialisée dans le tri sélectif AREMACS qui accompagne de nombreux festivals en PACA. Ensemble, nous avons établi une « charte éco-citoyenne », sorte de programme d’action recensant toutes les actions que nous souhaitons mettre en œuvre d’ici 2013, dans le but de respecter au maximum l’intégrité de l’île. La réalisation du bilan carbone du festival, lors de l’édition 2010, nous a permis de voir quels aspects du festival étaient vraiment problématiques et nous a donné de nouvelles pistes pour réduire les impacts négatifs du festival sur l’environnement.
Quelles actions avez-vous mises en place ?
Pour les plus importantes : le tri des déchets, les gobelets réutilisables, le nettoyage du site, une gestion responsable du parc électrique…
Notre priorité actuelle est d’agir sur les transports car le bilan carbone a révélé que 87% des émissions de gaz à effet de serre du festival étaient liés au transport des festivaliers et des artistes.
- La plupart des festivaliers viennent du Var ou des Bouches-du-Rhône. Il faudrait donc mettre en place des transports en commun adaptés entre domicile et festival, au moins entre les plus grandes villes de ces deux départements et Six Fours où des navettes emmènent ensuite les festivaliers jusqu’à l’entrée du festival. Mais les négociations avec la SNCF et les réseaux de transport en commun sont complexes et n’ont pas encore abouti. L’année dernière, nous avons donc contractualisé avec une société de transport privée pour proposer des transports en commun à prix réduit depuis Toulon et Hyères, mais il y avait tellement peu d’inscrits qu’une partie des navettes prévues a dû être annulée. Cette année, nous allons essayer de réitérer l’expérience si la société partenaire est toujours partante, mais, le cas échéant, nous communiquerons beaucoup plus là-dessus en espérant plus de succès.
Comme beaucoup, nous incitons aussi au covoiturage. Sur le site covoiturage.fr, nous avons ouvert une page dédiée aux Voix du Gaou. De plus, cette année nous avons monté un partenariat avec l’association Voiture & Co, basée à Luminy et dont la plateforme « Bougez Futé » fonctionne très bien et particulièrement auprès du monde étudiant.
Nous allons également miser sur le vélo en proposant aux festivaliers un garage à vélos sécurisé. Les équipes techniques auront, par ailleurs, à disposition des vélos électriques et une ombrière photovoltaïque pour les recharger. Ce dispositif nous est prêté par l’entreprise varoise CED Provence.
Nous devons aussi faire face à la complexité du lieu. Les navettes par exemple ne ramènent pas les gens du Brusc vers les parkings pour des questions de sécurité. En effet, la passerelle et l’unique route qui mènent sur l’île sont trop étroites pour que piétons et véhicules puissent cohabiter sans risque à l’heure des retours.
- En ce qui concerne les buvettes et la restauration du festival, nous n’avons pas de marges de manoeuvre car il s’agit d’une autre délégation de service public. En revanche, nous sommes intervenus dans la définition des critères de l’appel d’offre : gobelets consignés, obligation au délégataire de la buvette de travailler avec des prestataires locaux.
- En ce qui concerne la communication, nous utilisons bien sûr du papier recyclé et nous travaillons avec imprimeur labellisé Imprim’Vert. Nous menons aussi la politique du juste grammage et d’une année sur l’autre, nous essayons d’optimiser les quantités d’impressions. De plus, afin de limiter la consommation d’encre lors de l’impression des supports de communication, nous limitons les aplats de couleur. Nous essayons au maximum de favoriser la communication dématérialisée via notamment notre site Internet (www.voixdugaou.fr). Pour cette nouvelle édition, SFR est en train de développer une application spéciale Voix du Gaou pour les mobiles.
- Par ailleurs, avec l’association Surfrider, nous organisons une grande opération de nettoyage de l’île après le festival. En échange, les personnes qui se sont inscrites préalablement bénéficient d’une place de concert pour l’une des soirées du festival. Cette année, l’opération de nettoyage aura lieu le 1er aout en fin de journée et pour ceux que cela intéresse, l’inscription se fait à l’antenne du Var de Surfrider. Il suffit d’envoyer un mail à [email protected].
- Enfin, pour mobiliser plus efficacement, on demande à un artiste de parrainer la démarche éco-responsable. La première année, nous avons eu Bernard Lavilliers, en 2010, c’était Jim Kerr, le chanteur de Simple Minds.
Et les toilettes sèches ?
L’ile est d’ores et déjà équipée de blocs sanitaires et même si c’est parfois insuffisant, nous n’avons pas pu jusqu’à présent, pour des questions de budget, ajouter des toilettes sèches pour compléter le dispositif existant. Normalement, ce devrait être pour cette édition !
Vous avez précédemment connu le milieu associatif, est-ce très différent d’organiser un festival et plus précisément une démarche éco-responsable en appartenant à une entreprise comme la vôtre ?
Le fait qu’un festival repose sur une association et donc des bénévoles donne plus de souplesse. En effet, une association fait appel à l’ensemble des compétences que le bénévolat offre et elles sont nombreuses. Chez Sud Concerts, il n’y a que 10 permanents avec des compétences bien définies, nous devons donc faire appel à des prestataires lorsque nous avons des besoins hors de nos champs de compétences, comme c’est le cas pour plusieurs des actions mises en œuvre dans le cadre de l’éco-festival.
Comment financez-vous la démarche ?
Le budget éco-festival représente environ 30 000 euros / an sur un budget global de 1,4 millions. Pour l’édition 2009, nous avons eu une subvention de l’ADEME. Depuis, la démarche éco-responsable des Voix du Gaou est directement financée par Sud Concerts. Cela dit, elle est un argument qui favorise certains partenariats, c’est le cas de Coca Cola par exemple qui ne serait peut-être pas venu si nous ne faisions pas tout ça…
Que vous apporte la plateforme aér ?
Une base de données très pratique, un échange d’expérience intéressant et une documentation importante en matière d’éco-responsabilité. J’apprécie particulièrement d’avoir un interlocuteur qui peut nous aider à mettre en place de nouvelles actions et j’espère que le projet de mutualisation de matériel pourra voir le jour.
Interview de Camille Soler, chargée de mission « éco-festival » chez Sud Concerts, société à laquelle la ville de Six Fours a délégué l’organisation du festival Les Voix du Gaou.
Les Voix du Gaou 2012, se dérouleront du 16 au 28 juillet. Sont attendus Ben Harper, Sting, Gossip, The Rapture, Brigitte… Pour plus d’infos : www.voixdugaou.fr


- 10 soirées accueillent 35 000 personnes au global
- Equipe : 50 personnes au quotidien pendant la manifestation
- Le transport représente 87% du bilan carbone de la manifestation
- Tri des déchets : en 2010 récupération de 1,2 tonne de déchet recyclables, 1,3 tonne de verre et 120 kg de canettes en aluminium
- Budget global : 1, 4 millions d’euros
- Budget de la démarche éco-responsable : 30 000 euros





