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Françoise Atlan

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Salsa et musique afro-américaine
par Ernesto Concha


Avant propos
Cet article est consacré aux musiques d’origine africaine, car la richesse et la variété des musiques traditionnelles ne permettent pas une description de tous les genres et de toutes les pratiques que l’on retrouve en Amérique latine et dans les Caraïbes. Les musiques d’origine indienne, qu’elles soient des Andes, de l’Amazonie ou d’ailleurs, méritent une place à part et une analyse particulière.
Les ethnies africaines apportèrent les coutumes, rites, rythmes et danses qu’ils pratiquaient après leurs dures journées de labeurs pour exprimer leur peine, leur révolte ou leur joie. De la mer des Caraïbes jusqu’au bassin de la Plata les esclaves originaires d’Afrique ont conservé et mélangé leurs traditions avec les indiens et les espagnols, donnant naissance aux danses et aux musiques traditionnelles qui sillonnent le continent. Certaines de ces danses ancestrales sont à
l’origine des danses populaires actuelles, dont la Salsa.
En France et plus précisément dans notre région, les danses et musiques traditionnelles nous arrivent changées ou " modernisées " car le caractère rituel et religieux disparaît avec " l’exportation ". L’environnement et les lieux de pratique changent, perdant ainsi la pureté de leur action destinée maintenant à la démonstration et au spectacle et non aux rituels qui l’ont inspiré.

SALSAPACA
Des groupes, associations et personnes qui développent un travail de création et de diffusion des musiques traditionnelles d’origine africaine (Cumbia en Colombie, Yoruba, Congo à Cuba, Bomba et Plena au Puerto Rico, etc.) n’existent pratiquement pas dans notre région. Paradoxalement la seule expression de ce type qui possède une structure solide et une pratique cohérente (spectacles, ateliers et démonstrations dans les écoles, etc..) nous vient du Pérou, avec la compagnie Matices, basée à Toulon et dirigé par le danseur, musicien, folkloriste et chorégraphe Alberto Bazan Tagle. Les traditions noires du Pérou sont principalement originaires d’Angola. Au Pérou les esclaves noirs furent répartis du nord au sud dans des haciendas. Ceux qui s’installèrent à Zaña donnèrent naissance aux rythmes érotiques et festifs tels que le Tondero, résultat du métissage du Lundu avec les cultures hispaniques et indiennes.


1. Le Lundu
Danse typique de la cérémonie matrimoniale (m’lemba), dont la chorégraphie mimait l’acte de l’amour. Il se popularise à la ville de Santiago de Mirafloes (Zaña) sous le nom de Lundero et plus tard en Tondero. Plus tard ce même Lundu appelé Lando et Samba-Malando donne naissance à la Zamacueca à la fin du XVIII siècle. Ensuite naît la Marinera, actuelle danse nationale du Pérou. On également retrouve la Zaña, le Festejo, l’Alcatraz, l’Inga, le Panalivio, et le Socabón.
Compagnie Matices
(Ateliers choréographiques, Ateliers pédagogiques pour enfants en milieu scolaire ou extra-scolaire, Percussions Afro-Latines).
Alberto Bazan Tagle, afro-péruvien, dans un costume traditionnel effectuera une présentation de chaque instrument de percussion latino-américain (cajón, bongón güiro...). Il détaillera leur fabrication (bois, métal, végetaux), les conditions particulières de leur utilisation ainsi que leur origine. Une démonstration sonore accompagnera leur présentation. Au cours de ce petit voyage auditif, les enfants seront amenés à écouter des rythmes cubains, péruviens, vénézuéliens, colombiens, brésiliens et un petit jeu rythmique leur sera alors proposé. Ils pourront s'entraîner à reconnaître la sonorité des différents instruments par un jeu d'écoute effectué les yeux bandés.
Contact : Compagnie Matices - 1, Boulevard AZAN - 83200 Toulon - [email protected]
A signaler aussi l’existence des traditions afro-panaméennes, essentiellement chantées, par le biais de la chanteuse panaméenne Yomira John (Murga, Tamborito…) installée depuis peu dans la région (Alpes Maritimes).

2. La SALSA
Le Retour de la Contredanse
La découverte du nouveau monde fût plus qu’une véritable découverte, ce fût plus précisément la rencontre de plusieurs mondes (Europe, Afrique, Amérique).
La conquête, la colonisation et la domination du continent américain sont nées de l’ambition de posséder des nouvelles terres, d’une fièvre d’or et de richesses. C’est dans cet objectif que la couronne espagnole a soutenu Christophe Colomb dans sa traversée à la recherche des Indes. Génocide, pillage et destruction de cultures millénaires ont marqué l’événement, mais c’est là un autre sujet, vaste et douloureux…
Parmi leurs bagages les Conquistadors ont amené la Contredanse dans les Caraïbes. Country dance à l’origine, (danse champêtre, née entre les Normands). La contredanse était une des danses européennes dansées en couple, une des plus répandues. Après avoir parcouru l’Europe et s’être s’imprégnée de diverses influences, elle est arrivée dans la mer des Caraïbes, embarquée par les Français à la fin de XVIIIè siècle, (Cuba et Haïti principalement).
La fusion des éléments espagnols, français, africains et créoles a donné naissance dans l’île de Cuba a la Contradanza, transformée en Contradanza Criolla (créole), puis en Danzón, antécédent du Mambo et un des composants de la Salsa (sauce). La Salsa n’est pas seulement un rythme ou un genre musical, c’est un mouvement, une façon d’assumer la musique des Caraïbes, un facteur d’identité pour les communautés latino-américaines d’Europe et des Etats Unis.
Cuba était devenue par un hasard de l’histoire un laboratoire des musiques nouvelles, un conservatoire des traditions africaines (des rituels africains sont restés intacts à Cuba alors qu’ils ont disparu en Afrique …), un lieu de rencontre, de métissage, de création. Cette alchimie obéit plus à une macération naturelle qu’à un désir ou une recherche consciente de changements ou de transformations. Le bassin des Caraïbes était devenu une marmite géante où des ethnies et des cultures diverses jetaient leurs sucs et mélangeaient les sucres…
Pourquoi à Cuba a surgi une quantité inépuisable de rythmes engendrant des mélodies qui nous enchantent et nous enivrent ? Sans importance ! La musique souffle et retentit où elle veut, où elle se sent libérée. Sans savoir, la contredanse, la rumba flamenca, les rythmes africains, ont voyagé par les routes de l’or pour finir dans le creuset des Caraïbes et devenir de diaboliques fandangos qui remplissent les rues pendant les carnavals.

LA SAUCE
La naissance des musiques afro-américaines est le résultat de siècles de voyages, d’échanges et de rencontres entre les hommes et leurs cultures. Les instruments ont subi aussi les effets du métissage, la guitare espagnole s’est créolisée en tres cubain ou cuatro portoricain, les tambours africains sont devenus bongós et congas, etc.
Longue coction, jus des races marinées et réduites à petit feu pendant des siècles, hachées par les couteaux des pirates et la convoitise des boucaniers, remuées par les canons des galères, épicées grâce à d’ancestrales recettes secrètement gardées par les esclaves, diabolisées par les épées, les croix et les prières d’une église qui voulait aussi sa part du gâteau…. casserole où les blancs ont bruni et les noirs blanchi…

Evolution
La période moderne de la Salsa commence à la fin des années 60, après le boom du Mambo et du Cha-cha-chá (années 40 et 50). Une convergence des rythmes et un exode des musiciens venus de toute l’Amérique latine ont eu lieu principalement à New York. Dans des villes comme San Juan à Puerto Rico, Caracas au Venezuela, Cali en Colombie, le phénomène urbain de la Salsa était en gestation.

Le mariage du jazz et de l’afro-cubain - réussi grâce aux musiciens noirs anglophones et à leurs confrères hispanophones - a mélangé les harmonies jazzistiques avec les percussions des Caraïbes et inventé le Latin-Jazz. C’est le départ de l’influence cubaine et des Caraïbes à New York.

L’influence des Beatles dans les goûts des jeunes grâce à une campagne publicitaire sans précédents, avait créé un véritable phénomène de pénétration culturelle en Amérique Latine. La musique pop, arrivée par le biais du cinéma, de la télévision, de la littérature, et par une certaine façon de s’habiller et de danser, vient influencer tout à son passage. On venait d’inventer une mode pour les jeunes. C’était une première et aucun jeune ne voulait manquer cela…
Face au boom des beatniks, la novice Salsa était reléguée aux bas fonds, écoutée et dansée chez la canaille, dans les quartiers marginaux des grandes villes latino-américaines. On parlait d’une musique éphémère, grossière, immorale. Mais, après l’euphorie des Beatles et l’influence des modes étrangères, la Salsa s’affirme, sort des quartiers mal nommés et commence à percer chez les blancs, chez les riches, chez tout le monde. Au début des années 70 une nouvelle sonorité, plus urbaine remplace les sons ruraux d’autrefois.

L’accroissement de l’industrie du disque marque la fin des gigantesques salons de danse ou jadis des centaines de couples se tortillaient devant plusieurs orchestres en direct. Les discothèques et les vinyles avaient pris leur place et le mouvement entraîné par cette nouvelle musique démarrait définitivement.La Salsa en Europe
Avec l’introduction de la Salsa en Europe et particulièrement en France, une autre manière de penser la fête s’impose. La danse à deux, rangée dans les tiroirs du vieillot (vals, paso-doble, tango..), redevient une façon de s’exprimer sur une piste de danse. Les frontières entre générations s’estompent et la fièvre latine envahit les lieux de divertissement. Elle répond à un besoin d’exotisme et correspond à une transition entre l’Europe et les Caraïbes.
Je ne pense pas que la Salsa en Europe soit spécifiquement un phénomène de mode. Dans la Salsa le cocktail danse-musique-ambiance correspond à une attente collective, un besoin de bouger et de délecter l’oreille grâce à une musique qui associe la recherche rythmique et la mélodie.
Rythmiques africaines, danses et mélodies espagnoles et françaises, harmonies empruntées au Jazz, folklore sud-américain et nouvelles tendances modernes et urbaines forment le bagage d’une des musiques qui ont marqué le XXè siècle.
Au-delà du côté festif des musiques latines, la Salsa est la synthèse des traditions millénaires et de la modernité réunies dans une culture née du métissage. L’engouement pour la Salsa en Europe correspond au retour de la Contredanse…

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Ernesto Concha
Né en Colombie , à Kali, ville d’origine de la Salsa traditionnelle, Ernesto Concha est le principal animateur du réseau Salsapaca, qui assure, à partir de Marseille, la promotion de nombreux groupes et artistes de musique sud-américaine en Provence-Alpes Côte d’Azur.