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Françoise Atlan

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Bambou et Création
Par Yabuki Makoto


Bamboo Orchestra de Marseille
a été fondé en 1994.
Comme son nom l’indique, nous jouons sur un ensemble d’instruments en bambou. Notre travail se situe dans le domaine de la musique créative. Au delà des “Musiques Traditionnelles du Monde” qui guident toutes nos recherches, la musique de bambou se crée à partir de ce matériau, de sa structure, de sa forme et de sa sonorité ... la création de nouveaux instruments étant aussi une des forces motrices pour les créations musicales du Bamboo Orchestra.
Le bambou a été planté dans le Midi de la France au milieu du 19 ème siècle, et une grande forêt de bambous est située près du village d’Anduze dans le Gard. Marseille, située au coeur du bassin méditerranéen est le berceau d’un grand nombre de traditions. Ainsi depuis fort longtemps se côtoient les cultures du Moyen Orient, du Maghreb, d’Afrique, d’Espagne ... sur cette Terre des hommes, nous profitons d’un autre “privilège d’Asie” qu’est le bambou .
Lors de sa fondation en 1994, le Bamboo Orchestra était composé de 6 musiciens d’origines différentes. Égypte, Burkina Faso, Niger, Japon, telles étaient ces différentes origines. Chaque musicien a pu conserver sa sensibilité rythmique originale, ce qui a permis de réaliser un véritable croisement culturel. J’ai composé en respectant le rythme et les instruments traditionnels de chacun . Les Morceaux “Nomade” et “Visages d’Afrique” sont le résultat de ce croisement. Tama, Djembé et Darbouka, les tambours d’Afrique et du Maghreb n’ont fait que rajouter du charme à la sonorité du bambou.


Création de l’instrumentarium
Nous inspirant des instruments traditionnels en bambou des régions asiatiques mais aussi d’autres régions du monde, nous fabriquons les instruments originaux en bambou. Tout en respectant les traditions autour de ces instruments, nous reconsidérons la sonorité propre de chaque instrument en bambou, et nous reconstituons la nouvelle musique à travers notre oreille et nos tendances actuelles.
Voici quelques instruments utilisés dans notre orchestre :
-Bamboo Marimba
C’est un instrument à clavier couvrant un large diapason avec 5 octaves. Il a été créé par Makoto YABUKI en 1980, bien que l’on puisse retrouver certains documents d’archives se rapprochant de cet instrument, sa structure sonore n’a jamais été exploitée.
-Mauï
Cet instrument est formé par l’assemblage de plusieurs tuyaux de longueurs différentes. On en joue en tapant sur l’ouverture des tuyaux avec des mailloches en forme de spatule. On peut imaginer une flûte de pan géante. L’origine de cet instrument se situe dans les îles de l’océan Pacifique.
-Jegog
C’est un instrument qui a la forme d’un grand éventail dont la note la plus grave est rendue avec un tuyau de 15 cm de diamètre et de 3 m de longueur. Nous l’avons fabriqué dans la gamme chromatique, l’origine de cet instrument se situe dans la région de Nugara à Bali. Les Balinais ne l’utilise que dans la gamme de 4 notes dans l’octave.
-Slittam
Cet instrument est fabriqué dans la partie du bambou située entre deux nœuds qui ferment ainsi naturellement chaque extrémités et une fente centrale est située sur sa face supérieure. En Indonésie, cet instrument ne trouve pas son origine dans la musique. Il est surtout utilisé comme signal sonore que l’on trouve sous le auvent des maisons, et sa fonction se rapprocherait d’un interphone. Les gardiens du palais de Solo à Java l’utilisent lors de leur surveillance de nuit.
Nous utilisons cet instruments dans notre musique en l’accordant sur des notes relatives et chaque musicien joue avec deux baguettes en poli rythmique.
Stamps
Dans quelques tribus des Philippines, les chants traditionnels des femmes sont accompagnés par la rythmique des tuyaux de bambou qui sont tapés sur le sol ou sur un support de bois dur. Basé sur le rythme mais également sur la sonorité grave de la résonance du tuyau de bambou, nous rajoutons un autre rythme au son aigu par l’intermédiaire d’une petite lame de bambou que nous tapons sur le tuyau. Nous avons développé cet instrument, afin de pouvoir jouer des rythmes plus complexes.
-Octoms
Ce sont des tambours fabriqués dans une sorte de bambou appelé Moso bambou de gros diamètre (12-15 cm) sur lequel nous avons tendu une peau de mouton selon la technique du montage de Djembé tambour Africain. Selon la longueur de la caisse on obtient des notes différentes.
-Bouchékéré
Cet instrument est inspiré du Chékéré, instrument de percussion Africaine en calebasse, nous avons accroché des perles en bois autour d’un tuyau de bambou de 8 cm environ de diamètre. Les perles tapent sur le bambou en le faisant tourner.


A propos des créations sonores
Notre création musicale est principalement basée sur les instruments originaux en bambou et différents thèmes y sont développés, chaque musicien compose avec sa propre idée. Nous développons aussi la musicalité de l’instrumentarium avec des compositeurs contemporains.
”De Mémoire d’eau” a été créé en 1998. Le thème de ce spectacle ne partait pas de notre mémoire humaine de l’eau. L’idée était que “ l’eau est la source de toute vie sur terre depuis le commencement de la création, elle est le témoin de toute l’histoire, de l’apparition de la vie et de sa progression pendant 4500 millions années --- nous avons composé “De mémoire d’eau” à partir du point de vue de l’eau.
Nous avons invité un excellent joueur de Shakuhachi du Japon, SHIBATA Ôzan. Le Shakuhachi est une flûte verticale en bambou qui à l’origine était un instrument de prière et servait pour faire l’aumône dans le Bouddhisme Zen. La sonorité profonde de cet instrument a contribué au mystère évoqué dans ce spectacle.

Pour “Invitation Via...” créé en 1999 nous avons demandé à Lucien GUERINEL, compositeur contemporain qui habite à Marseille, d’écrire pour l’instrumentarium, mais aussi pour trois flûtistes de la musique traditionelle Japonaise de GAGAKU, que nous avions invité pour cette occasion. Le thème était sur le Sacré de Chacun, nous avons essayé de fusionner le temps ancien et le temps moderne. Le GAGAKU est un orchestre qui a été importé de Chine il y a 1300 ans à l’époque de Tang, les sonorités et les techniques pour jouer de ces trois instruments à vent le Shô (orge à bouche), le Hichiriki (instrument de la famille du hautbois) et le Ryuteki (flûte traversière) sont très particulières. Leur étranges sonorités permettent de ressentir l’éternité du temps.

"Percussions Rituelles" ’est une création qui a été représentée au théâtre Toursky à Marseille en octobre 2000. Nous avons essayé de créer un spectacle sur les rituels, en repérant les étapes importantes de la vie accompagnées de “leur moment rituel”. Nous avons recherché nos points communs, par les sons, les rythmes, les musiques et les gestes, de nos origines culturelles différentes. Bami du Cameroun, Toby du Madagascar et Makoto du Japon, nous avons pris l’initiative de réaliser ce projet, et nos longs moments passés ensemble à discuter et à jouer, nous ont permis d’extraire quelques rites que l’on retrouve dans chacune de nos traditions. Les expressions rituelles de chacun sont complètement différentes mais nous avons trouvé le point commun basé sur le caractère fondamental de l’esprit. Avec l’évocation de certains sentiments ou d’émotions comme la peur ou la vénération de Dieu ou le cycle de la nature, nous avons pu ensemble structuré le spectacle.
Pour la création en cours “Terre d'eau - Chronique de Siam” 2002
nous avons invité Patrick PORTELA, compositeur contemporain,
à créer une installation musicale. Ce travail sonore pourra être présenté dans des espaces tels que des musées et mettra en évidence l’aspect visuel de cette musique.


A propos des Musiques Traditionnelles.

...”Nous souhaitons contribuer au développement de la Musique Traditionnelle d’Asie et d’ailleurs en positionnant notre travail sur les sonorités spécifiques du bambou.
Anciennement l’isolation géographiques, la différence de langues, l’éloignement n’ont pas facilité les échanges culturels.
Les musiques traditionnelles sont très intéressantes car elles ont été développées dans la culture de chaque région, répondant aux goûts des sonorités et à la musicalité de chaque peuple.
“Mais les fleurs merveilleuses aux formes uniques qui fleurissent ont aussi le destin pitoyable de se faner après leur épanouissement”.
La Musique Traditionnelle fait partie du patrimoine de l’humanité et le chemin vers son développement n’est pas facile à trouver.
L‘intention de Bamboo Orchestra se situe aux abords de cette belle fleur épanouie qu’est la Musique Traditionnelle, en considérant la tige qui soutient la fleur, en considérant la racine qui soutient la tige, et en considérant aussi la terre qui soutient la racine. Nous souhaitons ainsi retourner à cette “Terre” et chercher une repousse qui pourrait être “une renaissance de la Musique Traditionnelle du Monde“ guidés par la sonorité universelle du bambou”.

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Né au Japon, Makoto Yabuki a étudié les musiques traditionnelles d’Asie et participé à divers projets musicaux et théâtraux à Tokyo. Spécialiste des instruments en bambou, il a fondé au Japon, puis à Marseille le Bamboo Orchestra, instrumentarium issu de la tradition asiatique, favorisant la rencontre de la tradition, de la création et de la pédagogie.