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D’UNE RIVE A L’AUTRE DE LA MEDITERRANEE
Musiques du Maghreb et d’Orient

par SAMI SADAK

La région Provence Alpes Côte d’Azur traduit bien la " cosmopolitisation " issue du brassage méditerranéen. Les différentes strates qui viennent se superposer peuvent aisément se retrouver dans la composition de notre région actuelle et correspondent à de grands mouvements migratoires. Les immigrés nés en Algérie sont les plus nombreux (72 400) et leur part au seinde l’ensemble des immigrés est restée stable depuis 1990. Les personnes originaires d’Algérie habitent majoritairement dans les Bouches-du-Rhône. Les 57 000 immigrés nés au Maroc constituent 13 % de l’ensemble des immigrés. Ils sont surtout présents dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse. Les personnes en provenance de Tunisie sont un peu plus de 50 000. Elles habitent essentiellement dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes.
Dans la Région Provence Alpes Côte d’Azur, l’immigration a entraîné dans son sillage l’installation de musiciens maghrébins : musulmans ou juifs, arabophones ou, berbérophones, qui chantent jouent et se produisent parmi les immigrés. L’intensité de leurs activités pérennes a permis la mise en place d’un réseau interne de création, de production et de diffusion. Des auteurs, des compositeurs, des arrangeurs, des interprètes ont créé un mouvement qui a entraîné les musiciens de seconde génération et des français à pratiquer leur musique.
Schématiquement on peut considérer que les musiques du Maghreb peuvent être définies selon deux grands sous-ensembles, arabophone et berbérophone.


Musiques Arabophones
La forme arabophone la plus classique correspondant à une forme de musique savante est la musique arabo-andalouse.
La musique arabo-andalouse qui puise ses origines aux rives de l'Euphrate au VIIIe siècle émigra en Espagne musulmane avec le plus célèbre musicien de l'époque connu sous son nom légendaire de Ziryab. Ce maître musical incontesté de Bagdad la florissante, la ville qui a permis à la Perse, l'Arabie et l'Inde de se croiser librement, structure et ordonne la musique en mouvements et en suites. Il crée ainsi les vingt-quatre noubas "tour de rôle" modes calqués sur les heures de jour et les signes de zodiaque. Quand elles reviennent au Maghreb, notamment au Maroc, une fois la Reconquista espagnole achevée en 1492, les noubas traversent des périodes obscures, avant de subir des influences ottomanes et d'être mises au premier plan par des musiciens célèbres. Elles vont prendre les noms de âla à Fès et Téoutan, de mâ’lûf à Constantine et Tunis et nûba ghârnatî à Tlemcen et Oujda.

Fouad Didi

La Nouba
Une nouba commence par une pièce instrumentale, la tawicha ;ensuite vient une pièce très lente le m’sadar, puis une moins lente le tahrib, le darj suivi par l’insiraf et enfin le khlas avec la danse. Il existe dans les pays du Maghreb une dizaine d’écoles qui perpétuent la filiation à l’enseignement d’un maître lié à une couleur locale. La complexité de la musique arabo-andalouse fait que ceux qui la pratiquent ont du être formés au cours de longues années. En conséquence, ils trouvent des possibilités d’exercer au pays et viennent rarement en Europe.
En Provence Alpes Côte d’Azur nous avons la chance d’avoir des musiciens qui excellent dans cet art ainsi que des associations qui assurent la transmission de cette musique savante.
Fouad Didi baigne dès son plus jeune âge dans un milieu où le chant a une importance véritable. Il commence son apprentissage par les percussions ; l’étude de la darbouka lui permet de d’appréhender les subtilités rythmiques de l’Andalous.
Puis très vite, il entre dans l’univers du violon. sans délaisser pour autant le luth. Il passe par plusieurs associations tlemceniennes se prévalant de l’héritage du Grand Cheikh Larbi ben Sari.
De nombreux concerts donnés à l’occasion des fêtes familiales et des participations à de nombreux festivals à Tlemcen, Constantine et Alger lui permettent d’affirmer sa maîtrise de la scène aussi bien dans le répertoire classique que dans le style populaire Hawzi . La technique de l’école de Fez et plus particulièrement le jeu du grand violoniste Mohammed Briouel l’attirent.
Il se consacre depuis quelques années à l’enseignement en diffusant le répertoire Andalous, Sanâa et le Hawzi, il anime des cycles de formation dans les associations Cidim de Marseille, Maqam de Lille et de Belgique.
Fouad Didi a participé à la création une Provence ouverte (avec des artistes de la région).
Myriam Sultan, bercée dès son enfance par la musique arabo-andalouse de Constantine, les airs du Maghreb et du Moyen-Orient, mêle aujourd’hui avec justesse et intelligence la musique orientale traditionnelle et la modernité des sonorités contemporaines.
Elle excelle dans les différentes couleurs de la musique maghrébine. Le mâ'lûf, le chaâbi et les rythmes tunisiens.

Hervé Aris, compositeur, violoniste, oudiste, luthier originaire du Maroc a créé en 1994 une école de musique arabo-andalouse et l’ensemble Ziryab à Marseille. Actuellement installé à Avignon, il continue de transmettre la musique arabo-andalouse. Dans le cadre de l’association " âme et corde de Ziryab ". il a réalisé une création autour des traditions de mariage dans la société marocaine.
El Sikemaya né à Oran et formé à l’école de l’ensemble " Nassim el andalous " a reçu une formation du style classique de l ‘école de Tlémcen. En 1990 en Algérie il a créé le groupe El Maya, et il a continue son travail sous forme de trio du même nom à partir de 1994 à Marseille. La rencontre avec d’autres musiciens, d’autres styles musicaux lui ont donné l’envie de faire évoluer le style arabo-andalou et de l’enrichir d’influences flamencas, jazz et tzigane.
L’Andalousie fut le centre d'un bouillonnement culturel méditerranéen, où juifs, chrétiens et musulmans vivaient dans une tolérance exemplaire. La musique et les musiciens de cette terre, se riant des appartenances ethniques ou religieuses, n'hésitaient pas à puiser dans le patrimoine du voisin immédiat ou lointain. Les juifs qui ont participé activement à l’élaboration de la musique andalouse vivaient depuis plusieurs siècles dans la péninsule ibérique et détenaient un répertoire musical marquant le rythme de la vie sociale et communautaire. On suppose que ce patrimoine a influencé le style arabo-andalou et a subsisté tout en coexistant avec la musique nouvellement élaborée. Certains écrits attestent la virtuosité des musiciens juifs qui devaient être de tout premier ordre.
L’esprit de l’Andalousie en Méditerranée s’est conjugué à travers les siècles. Fez, Tlemcen, Oran, Constantine, n’ont-ils pas été des andalousies musicales sans frontières pour les diverses communautés ?

Marila Erevane

La région Provence Alpes Côte d’Azur est riche en artistes judéo-arabes
Françoise Atlan n’est pas une chanteuse de musique arabo-andalouse comme la pure tradition du Maroc peut en produire. Elle est au-delà des traditions prédéfinies. Sa connaissance de l’univers andalou et sa sensibilité séfarade lui permettent une expressivité totale. Françoise.Atlan a réalisé un collectage de la tradition judéo-marocaine, en regard de la tradition poétique et musicale arabo-andalouse. Le travail assidu effectué à Fez, ville phare de la tradition ala, auprès de son maître Mohammed Briouel, successeur du grand Abdelkrim Raïs, l’apprentissage de la Nouba avec l’orchestre du même nom, de même que le travail réalisé au fil de concerts avec l’orchestre d’Oujda, -ville phare de la tradition gharnati au Maroc ont permis à Françoise.Atlan de se révéler dans sa double culture judéo-arabe. Dans ses concerts F.Atlan est accompagnée de musiciens de notre région comme : Maurice Selem (violon), Bijan Chemirani (Percussions), Fouad Didi (Oud).Le pianiste Maurice El Médioni. originaire d’une famille de musicien d’Oran est l’un des plus fin spécialistes de la musique judéo-arabe et l’un des accompagnateurs préférés des vedettes de la musique populaire
En 1961, Maurice El Médioni quitte l’Algérie pour Israël. Il y séjournera quelque temps avant de s’installer en France, à Paris puis à Marseille où il habite depuis.
Depuis plus d’une quarantaine d’années Maurice Medioni exerce son art "après le travail ", ce qui ne l’a pas empêché de jouer au côté de vedettes comme Reinette l’Oranaise, Lili Boniche, Line Monty, Lili l’Abassi, Blaoui Houari ou Blond Blond à l’occasion de nombreuses fêtes de la communauté juive à Paris ou ailleurs. A Marseille il a été un compagnon de route de toujours de Fouad Didi et de Myriam Sultan. Il est également très souvent sollicité en tant que compositeur et arrangeur.
Sous les doigts virtuoses de Maurice El Medioni, le piano, européen par ses possibilités sonores et harmoniques, mais également orientales dans son développement modal, son ornementation et ses mélodies, effectue des envolées complexes qui relient le jazz et la rumba à l’univers andalou.

Françoise Atlan

Constantine a été toujours l’un des foyers les plus importants et les plus féconds du Maghreb. L’ensemble du patrimoine ne se limite pas seulement au répertoire des Noubas appelé aussi Maluf, mais aussi à toutes les formes musicales régionales et citadines qui résultent des métissages entre musiques savantes et musiques d’essence populaire.
Les musiciens juifs ont grandement contribué à l’évolution de la musique citadine du Maghreb. Le champ musical judéo-constantinois était principalement composé de M’ahdjez. Mais le plus illustre musicien judéo-constantinois fut le Cheikh Raymond (Raymond Leyris) qui accompagné du célèbre altiste Sylvain Ghénassia, de Nathan Bentari, de Abaïd Karabaghli, et du maître Larbi Belamri révolutionna le Hawzi ainsi que certaines grandes œuvres du Malûf et du Aroubi.
C’est dans ce climat culturel que Raoul Rennassia et son ensemble font leurs premiers pas. Arrivé à Marseille à 11 ans en 1961 il continue la tradition familiale. Aujourd’hui à la tête d’une formation de cinq musiciens-chanteurs, il anime les fêtes familiales (fiançailles, mariages, circoncision etc.,) et y interprètent surtout ce répertoire populaire Constantinois et perpétuent l’enseignement et la technique de maîtres juifs comme Nessim Boukebous et Benzarti.
Le rôle de la femme confinée à la maison contraste avec les Meddhahates d’Oran. À partir de 1920 ces femmes en contradiction avec le milieu oppressant dans lequel elles vivaient ont connu une émancipation et se sont imposées comme musiciennes professionnelles. Leur répertoire d’abord composé par des medh, chants populaires pour glorifier le prophète Mohamed et accompagnés par des percussions se sont enrichis par d’autres apports.
L ’ensemble " Médahettes" de Marseille est composé de quatre femmes dans le vent qui chantent et jouent de quatre percussions. Mariages, baptêmes, anniversaires, circoncisions, elles sont de toutes les cérémonies familiales, et accompagnent tous les instants précieux de la vie, elles sont l’indispensable ingrédient d’une fête réussie. Leur rôle est de soutenir le chant principal, elles se relayent au cours de la même chanson, entonnant les phrases tour à tour, répétant les couplets. Elles soutiennent le rythme général en frappant dans les mains et très souvent se mettent à danser.

Mohamed Alnuma


Parmi les genres les plus populaires de la musique arabophone, on trouve les style algérois chaâbi interprété par Hakim Hamadouche, Ahmed Oujdi, Lyazid le style hawzi de Tlémcen interprété par F. Didi, Ryad Benzazazoua. Tous ces styles comptent d’innombrables interprètes amateurs qui s’expriment dans des réunions familiales, mariages, circoncisions etc. Signalons que Hakim Hamadouche joueur de mandole, accompagne des artistes comme Lili Boniche, Rachid Taha et participe à l’ensemble de jazz Oriental Fusion. Maurice Selem, violoniste exceptionnel, accompagne des vedettes de la chanson comme Lili Boniche. Henri Agnel, joueur de oud et de percussions, accompagne les chanteuses Houria Aïchi, Amina Alaoui.
On assiste actuellement à la multiplication de créations musicales originales où les traditions régionales entrent en contact avec les musiques populaires du Maghreb, selon un processus d’influence mutuelle, de métissage et de croisements. Nous pourrions citer comme exemples les créations de Miqueu Montanaro avec des musiciens marocains et la chanteuse Dyia Zniber dans Asmae ; de Manu Théron avec les musiciens du sud algérien, El Hillal.
L’Espace Julien a réalisé le premier CD de sa collection " Les Héritages Culturels Régionaux " . Ce premier disque intitulé " Cosmophonies du Maghreb " réunit des musiciens traditionnels issus de différentes générations et régions de la Méditerranée comme Fouad Didi, Maurice El Medioni, Myriam Sultan, Raoul Renassia, Medahettes, Ouari Sahraoui qui interprètent la tradition toujours vivante des musiques du Maghreb. Dans certains titres de ce disque, les artistes de la nouvelle génération poussent la rencontre jusqu’à la fusion avec leurs aînés pour faire des morceaux traditionnels, en utilisant le langage House ou Hip Hop.

Gacha Empega / El Hillal

LE RAÏ
Depuis quelques années le raï a pris une importance considérable, tant dans sa version traditionnelle héritée des " cheikhates " des campagnes, que dans sa version moderne électrifiée, réorchestrée par les jeunes. Désormais le raï se danse en famille, jusque dans les salles de concert les plus huppées. Toujours au son des percussions, des flûtes et des violons, mais aussi de l’accordéon, du synthé, ou encore des cuivres.
Lorsqu’il est né dans les cabarets des années quarante où fleurissaient les textes sur la guerre, la pauvreté, la colonisation, le raï chantait l’alcool, l’amour et le s’hour (la sorcellerie) et avait ce goût d’interdit qui colle aux musiques de bas–fonds. Puis cette musique, née d’une rencontre entre la poésie bédouine, les louanges religieuses et le chant libertin, est sortie de la clandestinité. Le raï qui est resté jusque-là subversif, sans être engagé politiquement, traduit dès ses origines les transformations culturelles qui animent la sphère musicale. Une musique d’un tel impact social trouve son terreau naturel à Marseille où les enfants d’immigrés maghrébins se l’approprient sans pourtant comprendre le sens des paroles. Ils y adhèrent pour des raisons souvent différentes de celles du public en Algérie. En effet, le raï provient de ce " bled " envers lequel ils ont souvent entretenu des sentiments mitigés, parce qu’il représentait, à travers leur parent, une entrave pour accéder à la modernité. En outre dans la foulée du phénomène de la world music, Marseille et ses scènes sont devenus des lieux de passages obligatoires pour les chanteurs de raï comme Khaled, Mami, Sahraoui, Fadéla, Zahouania, avant de connaître le succès à Paris, Londres ou New-York.
Marseille avec ses dizaines de boutiques du Cours Belsunce et ses étales de puces n’est pas le seul marché de CD, et cassettes qui alimentent les pays du Maghreb. Les marchés d’Avignon, Salon, Toulon, regorgent de ces disques et cassettes de raï. Les réseaux communautaires dans PACA offrent tout : spectacles, studios d’enregistrements, circuits de distribution et nombreuses radios comme Radio Gazelle, Radio Galère, Radio Grenouille, Radio Soleil etc.
Dans la région Cheb Aîsa, de réputation internationale et qui révolutionna le raï avec ses interprétations, Miloud le Marseillais (Miloud Hariz) avec son répertoire qui explore les racines du raï, Wahdi (Ouari Sahraoui) qui a accompagné les grands chanteurs de raï avant de s’installer à Marseille, Hamid (Abdel Benabeb), Cheb Magid, Selim, Zoubir, Houari Groupe, Oriental Fréquence, Ahmed Oujdi et Salim Alla, qui interprètent également d’autres répertoires populaires, sont les artistes qui contribuent à la vitalité de cette musique.


Musiques Berbérophones
Parmi les Berbérophones Chaouïs, Chleus, Kabyles, Matamas du sud tunisien, Mosabites, Rifains, Touaregs, c’est sans doute la chanson kabyle qui est le genre le plus florissant. Idir, le plus connu des chanteurs kabyles sur le plan international, a ouvert une voie au milieu des années 70 en modernisant le style traditionnel. Après lui, de nombreux artistes ont travaillé dans ce sens en apportant leurs propres innovations. Ce style de musique très présent dans la région évolue continuellement
Au début de l’implantation de la communauté kabyle dans la région, la musique faite par des artistes devenus musiciens " en exil " était reléguée principalement dans les lieux d’habitation : les café-hôtels tenus par d’autres kabyles ou sur les lieux de travail. Avec l’immigration familiale, en progression depuis le début des années soixante, les artistes kabyles commencèrent à animer des fêtes familiales. La présence et la fidélité sans cesse renouvelée du public kabyle immigré a toujours servi les artistes. Depuis le début de l’immigration jusqu’à nos jours, quel que soit le lieu de déroulement des récitals kabyles, les organisateurs de spectacles sont assurés de faire salle pleine. La vitalité de cette musique dans la région est maintenue grâce à des associations comme l’Association culturelle Amzigh qui célèbre tous les avrils le " printemps Berbère " et l’Association Massinissa. Ces associations qui oeuvrent pour la reconnaissance de la langue et la culture Amazigh loin d’un repli sur eux identitaire s’attachent au contraire à travers leurs programmes d’activités s’essayer d’apporter à leurs publics des apports des différentes cultures. Des cours de langue Amazigh et de danse sont dispensés par ces associations.
Dans notre région des chanteurs et musiciens comme Ait Laaziz, Nouredine Chenoud, Aït Ali, Hamid Amrouche, Karim Amazigh, Mouloud Aghrib , Abed Rheda, l’ensemble Ideballen interprètent leurs compositions en langue Amazigh ou des chansons rendues célèbres par Idir, Matoub Lounes, Aït Menguelet, Ferhat, El Hasnaoui etc. L’ensemble Ichenwiyen interprète des chants berbères de style Zenete ou Daï-Nan et réalise des collectages dans les montagnes de Kabylie. La troupe de danse Massilya composée de jeunes danseuses et danseurs marseillais a su créer un langage chargé d’authenticité et la Compagnie Ballet Gouraya de Salima Iklef, reconnue pour l’interprétation des danses traditionnelles, a mis en scène une création autour de Kaïna, reine kabyle.

DANSE
La danse représente un fort lien social dans notre région. Elle se pratique dans toutes les fêtes sans qu’il soit nécessaire d’appartenir à une troupe folklorique. Les femmes revêtent volontiers leurs costumes traditionnels lors d’occasions particulières : fête de fin du Ramadan, fête des fleurs chez les berbères, mariages, circoncisions etc. Dans la région, de nombreuses compagnies chorégraphiques et artistes solistes, amateurs et professionnels, continuent de propager et faire évoluer ces traditions qui renforcent la solidarité communautaire, notamment chez les femmes.
Aujourd’hui la danse dite orientale fascine les danseuses de notre région. Cette danse, interdite ou méprisée dans le passé, retrouve ainsi une place privilégiée auprès des femmes et les écoles de danse ne désemplissent pas. Elles deviennent enfin accessibles à toutes, quels que soient leur âge et leurs origines, qu’elles viennent y chercher un ancrage dans une culture, une technique, une esthétique, ou un épanouissement personnel.
Les danseuses orientales professionnelles de la région ont toutes étudié avec des grands maîtres égyptiens, libanais ou turcs, et ont fait de longs séjours dans ces pays. Elles transmettent leur art à travers des stages et des cours. Karima, Samara et sa Compagnie Ghazia, Mayeba, Sigalithe, Nouredine Dahmani, Viriginie Recolin, qui allie les danses orientales et la danse flamenca, Leila, qui crée un lien entre les danses du Maghreb et les danses orientales font vivre notre région au rythme oriental. Entre tradition et création, Marila Erevane, excelle également dans les danses marocaines et persanes à côté de la danse orientale,
A Avignon le Ballet Naïli explore les danses bédouines, kabyles et celles du sud algérien, à Marseille Rachida Goudjil et Zine Foughali s’inspirent de la danse orientale dans les créations contemporaines.

Leila

MUSIQUES D’ORIENT
L'identité musicale de la Méditerranée orientale s'inscrit dans des courants historiques et une zone géographique porteuse de musiques proches. Les grands traités musicologiques de l'Islam médiéval se sont inspirés des théories grecques et des pratiques autochtones du Moyen-Orient pour décrire les systèmes de tempéraments et définir les intervalles, les genres et les modes. Une théorie musicale mise au point par des savants arabes, iraniens ou turcs du VIIIe au XIIIe siècle (Safiy al-Din à Bagdad, ou Al Farabi) a trouvé sa forme particulière dans l'empire turc.
Les musiques traditionnelles savantes de l’Islam sont le prolongement enrichi durant treize siècles des courants modaux antiques et des musiques raffinées arabes, persanes, turques, indiennes. Cette confluence dans le domaine musical n’exclut ni l’originalité des legs des divers peuples, ni la spécificité des styles locaux favorisés par les califats et les cours princières. A partir du XIVème siècle la récession des Arabes et des Iraniens et l’ascension des turcs ottomans ont conduit ces derniers à hériter de l’élitisme du califat.
Attentif à la transmission de la musique savante arabe et ottomane, l’ensemble Takht Taqil est aujourd'hui l’un des seuls à renouer avec cette tradition en interprétant les compositions classiques du XVIe au XIXe siècle. Des musiciens comme Djilali Elkerhazi au ney, Keyvan, Bijan, Djamchid Chémirani, Hervé Foueré aux percussions mettent en valeur ce répertoire. Le musicien d’origine irakien, Mohamed Alnuma, joueur de oud, chanteur et compositeur interprète avec son ensemble Les Pêcheurs de Perles des compositions inspirées de cet univers. L’association l’Isthme organisatrice depuis 1996 les rencontres Méditerranéennes sur le Soufisme, l’association Ecume organisatrice des Chants Sacrés de la Méditerranée, le festival Chants Sacrées du Monde organisé par le Conseil Général 13, l’OJM avec sa récente création de l’Evangile selon Jean d’Abed Azrié en 2001 nous plongent dans l’univers des musiques sacrées de l’Orient. L’association France-Turquie Méditerranée fait découvrir des artistes de musiques savantes ou de musiques anatoliennes invités de Turquie.
La chanteuse-comédienne Camilia installée à Marseille explore le chant profond du peuple palestinien. Miqueu Montanaro dans sa création Chicha joue avec Abdelmonem Oudouan, chanteur et oudiste palestinien.
Grâce à cette diversité d’artistes, Marseille et plus largement la région Provence Alpes Côte d’Azur constitue en Europe un des foyers les plus vivants de création du monde musical, arabe, berbère et juif.

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Spécialiste des musiques du monde méditerranéen (turques, grecques, juives...) Sami Sadak enseigne l'ethnomusicologie à l'Université de Provence (Conservation du patrimoinbe méditerranéen) et au CFMI. Il est chargé d'études sur les musiques du monde et les traditions communautaires à la Mission des musiques et danses traditionnelles e l'ARCADE.