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NE
DITES PLUS JAMAIS : " MUSIQUE AFRICAINE " !
Par Cati Antonelli
LAfrique subsaharienne, îles de lOcéan
indien et du Cap Vert compris, possède une variété
de cultures musicales qui sont parmi les plus riches du
monde. Elles ont donné naissance à des genres
musicaux internationalement reconnus (jazz, blues, gospel,
soul, funk, musique afro-cubaine
) et pourtant elles
restent méconnues dans leur diversité. LOccident
en a fait un amalgame sous le générique de
" musique africaine " et il est devenu à
la mode depuis les années 80 de fréquenter
des soirées africaines, de suivre des cours de "
danse africaine ", ainsi dénommés par
manque de connaissance des différents styles et dapprendre
à jouer du djembé, qui semble dès lors
le seul instrument de ce continent, quand on ne parle pas
tout simplement de tambour.
Des musiques traditionnelles aux musiques urbaines : une
incroyable diversité.
Il faut distinguer en Afrique deux types de pratiques musicales
:
- Les musiques ancestrales dites musiquent traditionnelles
qui ont une importance capitale au sein des sociétés
africaines. Elles ont un rôle historique, social,
culturel et spirituel, sans occulter leur aspect lyrique
et poétique ni leur côté festif. La
musique et la poésie ne sont pas de simples distractions,
mais sont intimement liées à la vie quotidienne.
- Les musiques urbaines dont lorigine remonte au début
du XXe siècle. Elles sont une fusion des musiques
traditionnelles et des musiques importées ou plutôt
réappropriées car la plupart dentre
elles avaient déjà pour source des musiques
dAfrique emmenées en Amérique par les
esclaves. Elles ont une vocation essentiellement festive
et parfois contestataire.
Schématiquement lAfrique peut se diviser en
5 parties : lAfrique de louest et les îles
du Cap Vert, lAfrique centrale, lAfrique de
lest, lAfrique australe et enfin les Îles
de lOcéan indien.
Chaque partie est à lorigine dun ou deux
grands courants musicaux urbains qui ont, dans presque chaque
pays de la zone, donné naissance à des styles
spécifiques.
LAfrique de louest qui recouvre à peu
près lancien empire mandingue est à
lorigine de la musique mandingue moderne, représentée
par des musiciens comme Mory Kanté, Salif Keïta
ou Ali Farka Touré.
Le Sénégal a donné naissance à
une rythmique devenue très populaire bien au-delà
de ses frontières : le mbalax (prononcé mbalar)
dont Xalam, Touré Kunda et Youssou nDour sont
les interprètes les plus connus.
Le Ghana est le père du high-life qui mélangé
à la juju music des Nigérians et au jazz,
donnera lafro-beat de Fela.LAfrique centrale
est à lorigine de la rumba zaïro-congolaise
et de son principal dérivé le soukouss, dont
la zone dinfluence sétend bien au-delà
puisquils se sont imposés à lensemble
du continent avec Franco, Tabu Ley, Papa Wemba ou Koffi
Olomidé.
Le Cameroun, inspiré par le rythme binaire de la
rumba et du soukouss, a développé le makossa,
internationalisé par Francis Bebey et Manu Dibango.
LAfrique australe est dominée par les courants
musicaux de lAfrique du sud fortement influencés
par les traditions vocales et musicales des différentes
populations originelles : kwela, marabi et surtout le mbaqanga
popularisé par Mahlathini et Mahotella Queens et
internationalisé par Johnny Clegg.
Angola et Mozambique ont cependant une histoire à
part. Anciennes colonies portugaises, leurs musiques restent
imprégnées de fado portugais et de musiques
urbaines brésiliennes.
LAfrique de lest est profondément marquée
par le taarab introduit au XIXe siècle par un sultan
omanais. Linfluence du taarab est très forte
aux Comores où des groupes comme Maalesh lont
fusionné au sega.
Rythme 6/8 apparu tout dabord à lîle
Maurice, le sega a influencé tout lOcéan
Indien.
Les Réunionnais Daniel Waro et Ti Fock lont
teinté de maloya.
Madagascar, traversée par différents courants
musicaux et marquée par le grand maître malgache
de la flûte, Rakotofrah, a donné naissance
au salegy, internationalisé par des artistes comme
Jaojoby, Justin Vali ou Régis Gizavo.
Des instruments par milliers.
Les musiques urbaines africaines utilisent des instruments
occidentaux : guitare, basse, batterie, clavier, instruments
à vent mais également des instruments traditionnels
dont la variété ne permet pas den faire
ici linventaire. Les instruments sont très
différents dune région à lautre
même si lutilisation de certains est très
largement répandue. Il est possible de les classer
en quatre catégories.
des percussions.
- Les instruments à cordes regroupent les arcs musicaux,
les cithares dont la valiha de Madagascar, les luths et
harpes dont la plus connue est la kora, harpe mandingue
à 21 cordes.
- Les instruments à vent regroupent les flûtes
en bambou, en terre, métallique ou faite de lécorce
dun fruit comme locarina, le pipeau originaire
des savanes de lOuest, les trompes et trompettes faites
de corne ou de bambou.
- Les instruments vibratoires, dont les sons résultent
de la vibration du corps propre sans nécessité
de matière tendue, sont secoués tels les hochets
(calebasse recouverte de coquillages), frappés (calebasse
retournée dans une bassine remplie deau) ou
percutés (cymbales). Certains remplacent souvent
la voix et sont dits harmoniques : piano à pouces
ou balafon.
- Les tambours tendus de peau, creusés dans de solides
pièces de bois sont de formes diverses : coniques,
cylindriques, semi-cylindriques. Les plus connus sont le
djembé mandingue, le sabar du Sénégal
et les talking-drums ou tambour daisselle. Ils sont
joués à la main, avec des baguettes ou les
deux à la fois.
Musiques et danses : à la vie, à la mort.
Dans tout le continent africain, musiques et danses sont
indissociables et chaque style musical amène une
danse qui lui est propre, quand ce nest pas chaque
orchestre qui invente sa propre danse comme la plupart des
orchestres de rumba-soukouss des années 70-80. Sans
oublier les danses traditionnelles qui sont aussi variées
que les musiques et répondent aux mêmes valeurs.
Le pouvoir des voix, le pouvoir des griots.
LAfrique possède incontestablement des Voix.
Voix solo, chorales polyphoniques zouloues ou malgaches,
chanteur lead dialoguant avec ses choristes, chants a capella
ou accompagnés dinstruments, une infinité
de styles vocaux existent. Les voix ont souvent une large
tessiture, nombre doctaves à la disposition
du chanteur, et bon nombre dentre eux ont été
formés dans les chorales religieuses.
Les griots sont les dépositaires de la mémoire
collective qui se transmet de père en fils et de
mère en fille par un long apprentissage. Lhistoire
des peuples mais également les traditions orales,
musicales, poétiques qui forment le patrimoine socioculturel
de lAfrique sont arrivées jusquà
nous grâce à cette caste à part, élément
fondamental de la structuration des sociétés
africaines. De nos jours, certains griots, devenus des artistes
professionnels, utilisent des instruments modernes et se
produisent en concerts.Musiques de la diaspora africaine.
Grâce au travail acharné de quelques festivals
et labels, nous commençons à connaître
les musiques traditionnelles mais celles qui sont arrivées
jusquà nous par le biais des travailleurs immigrés
ou des musiciens venus développer leur carrière
à partir de lEurope sont des musiques urbaines.
Limmigration en provenance des pays dAfrique
subsaharienne est récente (1975) et la moindre importance
numérique des communautés implantées
na pas réellement permis lintégration
déléments culturels communautaires dans
les traditions locales comme cela a été le
cas pour les vagues dimmigration méditerranéenne.
La plus importante communauté africaine de la région
est incontestablement la communauté comorienne, très
présente à Marseille et dans une moindre mesure
à Nice. À peu près par ordre dimportance
numérique les autres communautés sont : malgache,
sénégalaise, réunionnaise, malienne,
congolaise, camerounaise.
Elles organisent régulièrement des soirées
dansantes dédiées à un pays ou à
un style musical, dans des salles polyvalentes. Agrémentées
parfois de défilés de mode vestimentaire ou
de parade de danseuses, elles sont animées par un
membre de la communauté réputé pour
ses talents de disc jockey. Parfois la présence dartistes
connus est annoncée, mais il ne sagit pas dun
véritable concert. Ils chantent parfois en play-back,
mais leur rôle est surtout celui dambianceur.
La raison de ce fonctionnement est essentiellement financière.
Ces soirées sont organisées par des associations
communautaires qui nont pas les moyens matériels,
humains et surtout financiers dorganiser des concerts.
Pour ces associations et particulièrement les Comoriennes,
nombreuses et actives à Marseille (une association
par village), lobjectif de ces soirées est
de récolter de largent pour aider le village
et pallier ainsi aux carences des pouvoirs publics démissionnaires.
Si quelques jeunes de la première génération
ont constitué des orchestres de musiques urbaines
(le Congolais Pirasson avec Bana Marseille, le Sénégalais
Fallou avec Saf Sap, le Camerounais Bami avec Bami Village
ou le Comorien Chébli qui a tenté de créer
un répertoire de taarab moderne), les jeunes issus
des générations suivantes sinvestissent
dans dautres styles musicaux auxquels ils apportent
des éléments de leur culture : langue, rythme,
instruments. Cest le cas, entre autres, des Comoriens
qui figurent en bonne place dans le hip-hop avec des groupes
comme Fonky Family et 3e il.
Si la diaspora africaine reste un élément
essentiel du développement de la carrière
des artistes installés en France, qui commencent
bien souvent leur promotion au sein de la diaspora avant
de souvrir à des scènes plus métissées,
elle ne génère que très peu dartistes
représentatifs des musiques urbaines. Le fossé
est grand entre les primo arrivants et les générations
suivantes.
Il faudra sans doute attendre quelques générations
pour que des jeunes se réapproprient le patrimoine
culturel de leurs ancêtres.
Cati Antonelli
Responsable des Editions le Mur du son, productrice du Label
Esengo, qui a révélé les Pêcheurs
de Perles , El Sikameya ou Michèle Fernandez, Cati
Antonelli est également entrepreneur de spectacle
, et organise chaque année à Marseille le
Festival Métissons, reflet de la créativité
actuelle dans la rencontre des cultures.
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