Festival d'Aix-en-Provence
Le festival d’Aix en Provence se déroule chaque année en juillet. Cet événement, consacré aux arts lyriques attirait en 2011 plus de 72 000 spectateurs, répartis sur 5 lieux de diffusion différents. Les équipes de ce festival, véritable lieu de production indépendant s’affairent tout au long de l’année à la création et confection de costumes, de décors qui après la manifestation partiront sur les chemins de France et d’ailleurs pour des tournées internationales. Autant d’activités qui ont un impact environnemental sur lequel la direction du festival a décidé d’agir en lançant spontanément une démarche écoresponsable et un bilan carbone pour préciser et hiérarchiser le plan d’actions. Rencontre avec Agathe Grimaldi, directrice administrative et financière du festival.
Quelle est l’origine de la démarche ?
Tout est parti de la conviction du comité de direction qui était sensible à ces questions. La décision d’agir sur les impacts environnementaux a été prise courant 2010. C’est un sujet que nous commencions à aborder, dont nous sentions qu’il devenait incontournable et allait même à terme conditionner les aides et subventions accordées au festival.
Quel est le contexte du festival et les aspects sur lesquels vous pouvez mettre en place de nouveaux protocoles ?
Notre particularité par rapport à de nombreux festivals de spectacle vivant, c’est que nous avons une activité à l’année, générée par la création de nos propres productions. Nous n’organisons pas seulement un événement de trois semaines. Bien sûr, nous devons comme beaucoup agir sur le transport des festivaliers, l’énergie, le tri des déchets etc. Mais, notre activité entraîne d’autres sources de pollution sur lesquelles nous devons intervenir. Les ateliers de construction, situés à Venelles, fonctionnent une bonne partie de l’année et sont de gros consommateurs de matières premières pour la construction des décors et confection des costumes : bois, fer, solvants, peintures, tissus… Après le festival, les spectacles partent en tournée, ce qui engendre aussi de nombreux impacts environnementaux auxquels nous devons réfléchir. Notre bilan carbone est d’ailleurs en cours de réalisation et je pense qu’il sera sûrement différent de ce que l’on peut observer habituellement pour un festival.Le poste transport sera en tête mais les pondérations seront certainement différentes. Nous occupons des bâtiments à l’année et certains sont très énergivores avec ce que cela veut dire en termes de consommations de fluides. Nous sommes localisés sur 3 sites de travail entre Aix, Venelles et Paris, ce qui réclame beaucoup de transports. On sait qu’il y a beaucoup à faire et qu’il faudra du temps.
Comment avez-vous entamé cette démarche et quelles actions avez-vous déjà mises en place ?
Nous avons commencé par sensibiliser le personnel en l’informant et en lui soumettant un questionnaire qui a donné de très bons résultats, car nous avons eu un fort retour qui montre l’intérêt pour ces questions. La mobilisation du personnel est majeure. Il est important de rappeler que nous sommes 45 permanents à l’année, mais en période de festival, 450 à 500 personnes travaillent sur la manifestation, sans compter les 500 artistes qui nous rejoignent.
-La première action que nous avons menée, c’est sur le tri des déchets, grâce à un partenariat avec la Communauté du Pays d’Aix, qui fournit les containers pour chaque lieu et s’occupe du ramassage. Il aurait été difficile de dégager un budget supplémentaire pour un prestataire spécialisé.
-Nous avons aussi installé en 2011 des toilettes sèches au Grand Saint-Jean, seul lieu sur les 5 où cela est possible, les autres étant déjà équipés. Il y avait le choix entre des toilettes traditionnelles et des toilettes sèches. Les deux ont été installées mais les toilettes sèches n’ont pas connu un franc succès en 2011. Cette année, nous allons donc accentuer la sensibilisation avec la présence de personnes dédiées à l’information sur le fonctionnement de ces équipements.
-Le transport des festivaliers entre le centre et le Grand Saint-Jean (une quinzaine de kilomètres d’Aix). Est assuré par des navettes, qui fonctionnent bien. Les autres salles sont toutes accessibles à pied donc pas de problème. En matière de transport, nous devons aussi réfléchir à la venue des festivaliers à Aix en Provence. Il faut savoir que 17% des spectateurs proviennent d'Europe et du monde entier, 50% de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et 33% du reste de la France. Pour l’instant, nous avons juste mis en place un partenariat avec le site de covoiturage de l’Automobile Clun du Pays d’Aix, avec un lien sur notre site Internet.
-En matière de restauration, nous avons eu une première action sur la restauration du personnel, en faisant appel à un prestataire spécialisé qui ne propose que des produits locaux et frais, issus de l’agriculture paysanne et solidaire. C’est une vraie réussite, les équipes sont enchantées. En ce qui concerne la vaisselle, nous ne sommes pas soumis aux mêmes difficultés que d’autres festivals, car nous n’utilisons que des verres et de la vaisselle réutilisables, donc pas de souci de gobelets, de séchage, de consigne.
-Enfin pour la communication, nous choisissons des papiers certifiés FSC et des impressions à encres végétales.
Comment absorbez-vous les surcoûts engendrés par votre démarche environnementale ?
Nous avons obtenu deux années consécutives en 2011 et 2012 les subventions du programme AGIR, mais nous avons surtout fait le choix de consacrer une enveloppe destinée à financer des opérations spécifiques,. C’est sur cette enveloppe, par exemple, que nous finançons le poste de la chargée de mission sur ces questions d’éco-responsabilité ou le bilan carbone. C’est vrai aussi pour les toilettes sèches. L’idée, c’est qu’à termes, ces budgets ne soient plus considérés comme exceptionnels, mais intégrés dans les frais d’exploitation. Il faut que cela devienne une pratique et donc une dépense intégrée. On fait l’évaluation de ces nouvelles dépenses, en les isolant dans cette enveloppe budgétaire. Mais nous n’en sommes qu’aux prémices et le bilan carbone, priorisera les actions. Cela peut avoir des conséquences financières importantes qui réclameront un arbitrage.
Si on prend le cas des ateliers de production, le choix de la provenance des matières premières peut avoir une incidence budgétaire importante. Il va falloir apprendre à évaluer pour faire des choix.
A l’automne le bilan carbone sera achevé, on pourra alors réaliser le programme d’actions et envisager un plan pluri-annuel sur trois ans afin de faire un prévisionnel longtemps à l’avance. Une des premières actions à mener sera la formation du personnel aux « éco-achats ».
Vous avez parallèlement entamé une démarche à vocation sociale. Qu’en est-il ?
Le Festival mène aussi une politique culturelle et d’éducation artistique destinée à élargir le public du Festival, à renforcer sa participation et à garantir sa diversité sociale (jeune public, public étudiant, public dit empêché …).
Depuis 2008, nous avons un service socio-artistique dit « Passerelle » qui développe tout au long de l’année des actions sous forme de sensibilisation ou de pratiques artistiques à destination de personnes éloignées de l’offre culturelle, en lien avec les associations de quartier, CCAS, pôle emploi…, comme c’est le cas avec le chœur multiculturel Ibn Zaydoun, formation chorale créée en 2008, adressée à des adultes amateurs et dirigée par Moneim Adwan, compositeur, ûdiste et chanteur palestinien. Nous avons aussi un service éducatif qui intervient auprès des scolaires et des étudiants à travers actions de sensibilisation et pratiques artistiques, comme c’est le cas pour l’orchestre de jeunes monté avec des musiciens du London Symphony Orchestra.
Que vous a apporté la plateforme aer ?
Cela permet l’échange de compétences, de retours d’expériences sur des choses très pratiques comme : la formation, l’éclairage, les modes de transport… C’est un très bon outil de veille pour nous et l’annuaire des prestataires peut nous faire gagner un temps précieux.
Interview d’Agathe Grimaldi, directrice administrative et financière du festival







