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État des lieux

Implantation géographique des compagnies

L'implantation des compagnies de cirque en région et plus particulièrement dans et autour de la métropole marseillaise a commencé au milieu des années 1990.

En 1996, Jean-Noël François, alors directeur du centre équestre Pastré, invite le Théâtre du Centaure à s'installer à Marseille. C'est en 2001 (Année du cirque en France) que la région Provence-Alpes-Côte d'Azur connaît la plus importante installation de compagnies de cirque, appuyée par une politique volontariste des institutions. S'installent notamment, Archaos avec le CREAC, les compagnies Anomalie, Cahin-caha et l'Apprentie compagnie réunies autour du projet Piste3, et les Studios cirque de Marseille dirigés par Pierrot Bidon qui s'implantent aux anciens abattoirs Saint-Louis.

Avec la mise en place d'une filière de formation professionnelle, le Théâtre acrobatique de Jonathan Sutton en 2000 et le CREAC, Centre de recherche européen des arts du cirque en 2001 se crée un véritable appel d'air. S'installent à Marseille un grand nombre d'artistes interprètes qui créent peu à peu leur propre compagnie.(Jutta Knödler : compagnie Nö, Corine Cella, compagnie Rouge Eléa, Muriel Charpentier, compagnie du Panier, Karole Seyve, Pire que debout et quatre élèves de la première promotion de l'Ecole du théâtre acrobatique qui créent Cherid'Amour).

 

La diffusion du cirque en région

Un réseau de diffusion varié

Parallèlement à l'implantation de compagnies dans la région, la programmation de spectacles de cirque dans les structures théâtrales se développe.

Parmi les programmateurs réguliers de cirque on trouve :

- les quatre scènes nationales : le Théâtre de la Passerelle à Gap, le Théâtre du Merlan à Marseille, le Théâtre de Cavaillon, le Théâtre des Salins à Martigues. Ce dernier organise un festival de  cirque en réseau avec d'autres programmateurs du bassin de l'Etang de Berre.

- quatre scènes conventionnées : le Théâtre de Grasse (conventionné pour le cirque et la danse), le Théâtre d'Arles, le Théâtre de l'Olivier à Istres et le Théâtre du Sémaphore à Port-de-Bouc.

- un centre de création pour le jeune public : le Théâtre Massalia, programmateur historique de cirque à Marseille

- un théâtre municipal : le Théâtre du Gymnase, Marseille.

Six festivals et manifestations proposent une programmation régulière en cirque : Janvier dans les étoiles, Théâtre Europe (La Seyne-sur-mer), les Elancées, Théâtre de l'Olivier (Istres), Les nuits circulaires, Théâtre du Sémaphore (Port-de-Bouc), Cirque Hors piste, Théâtre d'Arles, Cité cirque, Théâtre de la Passerelle (Gap), Et hop ! En mai c'est le cirque, Théâtre des Salins (Martigues).

Tous ces diffuseurs ne se limitent pas à programmer du cirque, mais une grande part d'entre eux développe une politique d'accompagnement et de soutien à travers des coproductions et des résidences. Des compétences se sont développées dans ces structures qui permettent de pérenniser ce type de soutien.

C'est à travers le compagnonnage entre un programmateur et un artiste qu'un réseau de diffusion cirque s'est constitué de manière informelle en région depuis le début des années 90.

- Alain Liévaux, directeur jusqu'en 2003 du Théâtre du Merlan, scène nationale de Marseille avec la compagnie Archaos (accueils en résidence, coproductions de deux créations)

- Philippe Foulquié depuis plus de dix ans fait venir à Marseille des cirques de référence (Cirque du Docteur Paradis, Cirque Baroque, les Colporteurs...)

- Jean Flores (Cahin-caha)

- Pierre Grafféo (Cirque Baroque, Triple trap.)

- Dominique Bluzet (les Arts Saut, Théâtre du centaure)

- Pierre-André Reso (Cirque désaccordé)

Pour autant, il se dégage qu'en dehors des relations de compagnonnage, elles rencontrent des difficultés à diffuser leurs spectacles en région, exception faite des petites formes qui avec des aides à la diffusion type Saison 13 parviennent à trouver un marché. Beaucoup soulignent le rôle important en matière de marché et d'espace de promotion que joue le festival Janvier dans les étoiles à la Seyne-sur-mer. Théâtre Europe, organisateur du festival, aujourd'hui un des festivals de référence national a développé parallèlement à sa programmation annuelle une politique d'accueil en résidence.

L'autodiffusion

L'autodiffusion n'est pas un phénomène nouveau dans l'histoire du cirque, c'est même l'un des composants essentiels de l'économie du cirque traditionnel et du nouveau cirque, du moins à son émergence au début des années 70. Si le cirque traditionnel fonctionne essentiellement sur le mode de l'autodiffusion (vente de billets), les compagnies de nouveau cirque s'y intéressent pour augmenter leur surface de diffusion. La diffusion à la recette devient un nouveau terrain d'expérimentation qui mobilise de nouvelles compétences et de nouvelles méthodes.

L'amortissement d'une création n'est pourtant pas à coup sûr ce qui motive aujourd’hui une compagnie quand elle entreprend une démarche d'autodiffusion. C'est d'abord et avant tout un moyen de promotion des créations auprès des diffuseurs, de la presse, de la profession, du public.

Au-delà du constat qu'aujourd'hui peu de structures de diffusion sont en mesure d'assumer l'achat et l'accueil de spectacles sous chapiteau, il est important que l'autodiffusion reste une option choisie par les compagnies et non l'unique alternative pour être visible et diffusé.

Le développement et la visibilité du cirque dans la région, et la conquête de nouveaux publics à travers la diversification des réseaux de diffusion doit en théorie permettre à une autodiffusion sinon d'être rentable, du moins amortie. C'est malheureusement très rarement le cas. Les récentes expériences d'autodiffusion à Aix-en-Provence (Après la pluie, Cirque désaccordé, juillet 2005) ou d'autodiffusion accompagnée à Marseille (Le cirque des Nouveaux Nez, compagnie Via, Escales de cirque, avril 2006) montre bien l'extrême fragilité du système.

L'autodiffusion accompagnée : autonomie ou dépendance ?

Dans un rapport marchand, il y a un vendeur et un acheteur. Dans l'autodiffusion accompagnée, il n'y a pas de vente, tout du moins pas d'un spectacle. Malgré cela, il existe un intermédiaire, "l'accompagnateur", dont la fonction et la mission première est souvent d'être un programmateur. Celui-ci n'achète pas le spectacle, mais l'accompagne seulement par une mise à disposition de matériels techniques et de moyens de communication.

La relation proposée à la compagnie dans le cadre de l'"autodiffusion accompagnée" n'est ni une relation de coproduction, au sens du partage financier des risques, ni une relation de coréalisation qui définit un minimum garanti pour la compagnie. Ce dispositif entraîne par là même un déséquilibre et une déresponsabilisation de l'accompagnateur.

La notion d'"autodiffusion accompagnée" est aujourd’hui perçue par le secteur comme une dérive et un moyen pour les responsables de structures culturelles de s'affranchir d'un élément essentiel à l'économie des compagnies : l'achat des spectacles. Ainsi, ce dispositif fausse durablement les règles d'un marché en participant à la précarisation économique d'un secteur qui n'en a pas besoin.

L'itinérance et le chapiteau

L'aide à l'itinérance porte sur un aspect particulièrement sensible de l'activité des arts de la piste : le chapiteau. Elle vise à conforter les compagnies de cirque qui ont fait le choix économiquement risqué de la diffusion sous chapiteau.

Le chapiteau : de l'objet utilitaire à l'objet identitaire

Certains acteurs des arts du cirque pensent que les trois éléments qui constituent le cirque aujourd'hui sont : le chapiteau comme espace de représentation, la piste comme configuration et l'itinérance comme mode de vie. Pour beaucoup, la notion d'itinérance est fondamentale pour le cirque.

Avant d'être une tendance, l'itinérance résulte d'abord d'une philosophie et d'une esthétique. Le chapiteau représente alors un objet identitaire plus qu'un objet utilitaire.

Faire le choix de l'itinérance totale et ne pas sédentariser une équipe artistique nécessite d'abord la mise en oeuvre de tout un dispositif administratif, technique et humain. Lorsque l'itinérance est un élément fondateur, cela suppose pour les compagnies d'être propriétaires de l'outil nécessaire à la représentation, (dans la plupart des cas un chapiteau) mais aussi de tout son équipement : les gradins, le chauffage, les éléments liés à la sécurité et au confort du public, le matériel scénique (son, lumière) et les véhicules nécessaires à la formation du convoi. Il faut donc bien distinguer l'itinérance et la possession d'un chapiteau. Si toutes les compagnies itinérantes possèdent leur outil de représentation, toutes les compagnies ayant un chapiteau ne sont pas itinérantes.

Dans le cirque traditionnel, l'itinérance est intrinsèquement liée à son mode d'exploitation. Pour les compagnies de cirque contemporain, les coûts inhérents à l'itinérance ont des répercussions sur le prix de vente des spectacles, et peu de programmateurs régionaux assument encore l'accueil d'un spectacle de cirque sous chapiteau. Beaucoup ont renoncé à le faire principalement à cause de la gestion des risques financiers, de l'absence de compétences spécifiques en interne et des problèmes de logistique que cela suppose.

La revendication de la prise en compte de l'itinérance comme élément spécifique est récente. Ce positionnement politique a aussi visé, certains le reconnaissent, à faire pression sur le ministère de la Culture pour l'ouverture de crédits spécifiques. Paradoxalement, les compagnies régionales ont tendance à investir plus naturellement sur leur sédentarisation que sur l'itinérance. le retour sur le lieu d'implantation entre les séries de représentations est le cas de figure que l'on retrouve dans la presque totalité des compagnies régionales.