Musiques classiques et contemporaines

Les orgues en Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les orgues en Provence-Alpes-Côte d'Azur

Les orgues, les organistes, la musique pour et avec orgue...
Comment parler de manière linéaire d’une pratique musicale dont la problématique englobe des phénomènes que l’on peut traiter habituellement de manière disjointe.
L’organiste est-il un musicien singulier ?
Quelles sont les conditions de l’enseignement, de la diffusion et de la création dédiées à l’orgue ?
Quels rapports le public entretient-il avec la musique pour orgue ?
Comme nous le verrons au fil de ce dossier, la loi de séparation de l’Église et de l’État est la toile de fond sur laquelle s’inscrit la quasi-totalité des pratiques liées à l’orgue.

 

Les répertoires
La musique pour orgue, bien que dédiée dans sa grande majorité aux rites chrétiens, a suivi au cours de son histoire les évolutions du langage musical. L’immensité de l’œuvre de Jean Sébastien Bach est toujours une référence pour l’apprenti comme pour le professionnel. De l’Europe du Nord à l’Italie, une vaste palette sonore et une grande diversité de formes ont été élaborées, qui n’ont rien à envier à d’autres instruments. Le XXème siècle a vu s’épanouir l’œuvre du compositeur et organiste Olivier Messiaen qui a sans doute ouvert la voie à de nouvelles explorations sonores.
Toujours fascinés par les possibilités de cet instrument, et certainement influencés par la pensée musicale issue des créations électroacoustiques, les compositeurs du XXème siècle ont joué avec virtuosité des ressources de ce générateur de sons. Aujourd’hui, les compositeurs ont le souci d’amener les jeunes générations à s’inscrire dans la création actuelle et proposent des pièces facilement accessibles aux élèves dès le premier cycle des écoles de musique.

L’écriture musicale contemporaine est soutenue par le ministère de la Culture et de la Communication sous la forme des commandes d’Etat. Par ailleurs, la DRAC et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur ont mis en place une procédure d’aide à la création musicale (de l’écriture à la première représentation) dont la composition pour orgue ou avec orgue peut évidemment bénéficier. Se renseigner auprès de ces deux institutions.

La diffusion
Pour voir et écouter des orgues dans notre région, la première condition est de se rendre à l’église ou au temple. Ces lieux, par essence dédiés aux cultes, peuvent ponctuellement être utilisés comme salles de concerts pour entendre non seulement l’orgue, mais aussi le répertoire des musiques classiques. L’église est parfois même le seul lieu de diffusion musicale des petites communes. Cela peut être une contrainte pour le public, pour l’organisateur et pour "l’affectataire", c’est-à-dire le clergé qui a l’entière et libre responsabilité de l’utilisation du lieu : l’affectataire peut ainsi donner son accord ou refuser la programmation, il peut demander la gratuité des entrées ou exiger une simple participation aux frais. Contraintes que compense sans doute un sentiment de supplément d’âme - sans rapport avec la pratique religieuse - dû aux qualités architecturales ou acoustiques du lieu. Par ailleurs, musiciens et membres du clergé reconnaissent volontiers ensemble la musique comme une des réalisations les plus importantes de l’esprit humain. On assiste ainsi à un développement significatif de "concerts spirituels" et "vêpres musicales" où la musique d’orgue a toute sa place.

Musicien organiste : un métier
Jouer de l’orgue implique un contact quasiment obligatoire avec l’Eglise catholique ou réformée, justifié par l’accès aux instruments et par la nature même des répertoires. La plupart des organistes professionnels - enseignants en école de musique, concertistes - "ont une tribune" d’où ils assurent l’accompagnement des liturgies. Cette fonction d’organiste liturgique n’est certes pas lucrative, mais elle est revendiquée par la plupart comme faisant partie intégrante du métier. Cette fonction incombe aussi à un grand nombre d’organistes amateurs.
Aujourd’hui, un dialogue fécond s’instaure de plus en plus entre le clergé et les musiciens : le premier reconnaît l’importance de la musique, principalement l’importance du rôle de l’orgue dans le déroulement de la liturgie, les seconds militent en faveur d’une pratique musicale de qualité. Le groupe de travail régional sur les orgues, réuni par l’Arcade, est l’un des lieux où se noue un tel dialogue en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Composé de musiciens organistes professionnels et de membres du clergé, il réfléchit à la mise en œuvre d’actions qui doivent concourir à qualifier la pratique musicale à l’église dans le cadre des liturgies ou hors liturgie. En regard des contextes décrits plus haut, ces deux champs doivent être envisagés ensemble.
Une charte des organistes a été signée en 2000 de manière concomittante par le syndicat des organistes et musiciens des cultes, l’assemblée des évêques et l’Association nationale de formation des organistes liturgiques. Cette charte fixe les rôles de l’organiste dans la liturgie et hors liturgie. Des compétences artistiques de l’organiste dépendra l’intérêt culturel de l’utilisation de l’orgue...

La charte des organistes

Après avoir affirmé que "la musique sacrée escorte et conforte l’action liturgique tout au long de son déroulement", le texte de la Charte décrit les trois compétences musicales de l’organiste liturgique : il accompagne le chant, il interprète des œuvres du répertoire en sachant l’adapter aux temps liturgiques, il improvise. L’organiste participe à l’élaboration des célébrations au même titre que le prêtre et l’équipe liturgique.
En dehors de la liturgie, "par délégation de l’affectataire", l’organiste titulaire est responsable de l’instrument qui lui est confié, de son utilisation par d’autres musiciens et contribue au rayonnement de l’orgue par l’accueil de classes d’orgue, par des auditions, des visites commentées...
Document disponible auprès du CNPL,
4 avenue Vavin, 75006 Paris / 01 43 25 40 00.


L’enseignement
Les classes d’orgue de la région sont pour l’essentiel en milieu urbain. Les zones rurales accusent un large déficit même lorsque de bonnes conditions semblent être réunies à l’exemple de l’école départementale des Alpes-Maritimes où la possibilité de travailler sur les orgues de la vallée de la Roya n’est pas exploitée régulièrement. Les départements des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence sont dépourvus de classes. 150 élèves environ pour la région, sont répartis dans les deux CNR de Marseille et de Nice, dans les écoles nationales de musique d’Aix-en-Provence et d’Avignon, à la Cité de la musique de Marseille, ainsi qu’à Cannes, Hyères, Saint-Raphaël, La Seyne-sur-mer et deux petites classes à La Valette et Grasse.
La classe d’Avignon ouvre ses portes aux organistes amateurs adultes, hors cursus classique, où ils reçoivent un enseignement selon leurs besoins en accompagnement et improvisation essentiellement.
Par ailleurs, académies et classes de maîtres fournissent des moments privilégiés de travail en profondeur. Citons la "Semaine de l’orgue italien" à Saorge qui a lieu chaque été entre juillet et août (Renseignements / 04 93 04 51 23), et les classes de maîtres organisées chaque automne par l’association "Orgue en Avignon" (Renseignements / 04 90 82 21 75).
L’Arcade organise quelques week-ends de stages à l’attention des organistes amateurs depuis 2 années.

Au CNR de Nice, un professeur et des élèves heureux
Le conservatoire s’est en effet doté d’un ensemble d’instruments qui facilitent l’étude : un instrument d’esthétique baroque construit (Aubertin), une copie d’orgue de salon de Cavaillé-Coll construit (Yves Cabourdin), un orgue-coffre de 5 jeux construit (Antoine Bois), et un petit orgue d’étude. Les élèves ont par ailleurs la possibilité de travailler dans de bonnes conditions sur les orgues de Saint-Pierre d’Arène (François Delangue) et de Saint-Paul (Bernard Boulay).

L’instrument
Il est objet de toutes les passions pour ceux qui le connaissent, il devient féminin quand elles sont plusieurs, il a parfois traversé les siècles, il peut s’adjoindre le concours des technologies les plus avancées, il peut vrombir ou susurrer.
Chaque orgue a une personnalité sonore particulière qui résulte essentiellement d’une composition de timbres choisis. Les timbres (ou jeux) ainsi que les possibilités de combinaison entre eux marquent l’identité esthétique de l’instrument : classique français, baroque allemand, symphonique... Cette identité signale en même temps le type de répertoire musical le plus adéquat pour l’instrument concerné. C’est pourquoi, l’organisateur de concerts devra toujours fournir à l’interprète la composition de l’orgue sur lequel il est invité à jouer.
Par ailleurs, instrument patrimonial par excellence, l’orgue fait l’objet des attentions toutes particulières de l’État - ministère de la Culture et de la Communication - et des collectivités territoriales, lorsqu’il s’agit de le restaurer ou de construire de nouveaux instruments. Un projet de restauration ou de construction est généralement initié par l’organiste ou par l’association des amis de l’orgue. Il s’agit, dans un premier temps, de prendre contact avec le propriétaire de l’édifice. Quand l’instrument est installé de manière pérenne (fixé ou scellé) dans le lieu de culte, il est considéré comme "immeuble par destination" : son propriétaire sera celui de l’édifice. Avant de procéder à toutes demandes d’aides, il est donc important d’établir l’identité juridique de l’orgue : s’il est situé dans une église construite avant la loi de séparation de l’Eglise et de l’État (1905), la Ville en est propriétaire pour les églises et l’État pour les cathédrales. Après 1905, l’orgue appartient en général à une association cultuelle. C’est au propriétaire que revient l’initiative de tout projet de construction ou de restauration : il en sera le maître d’ouvrage.
Si l’orgue est protégé au titre des Monuments Historiques, les travaux auront lieu avec l’approbation et sous le contrôle de l’État (Drac - Conservation régionale des monuments historiques). Dans le cas des instruments non protégés, le ministère de la Culture et de la Communication et la Région ont mis respectivement en place une procédure d’aide à la conservation et à la restauration d’orgues et d’aide à la construction d’orgues.

La Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles publiait en juin 2001 dans la collection Mesure pour mesure un numéro consacré à "La politique de l’État en faveur des orgues : création d’orgues et restauration des orgues non protégées au titre des monuments historiques". On peut se procurer cette fiche, guide complet des démarches, auprès de la DRAC ou de l’ARCADE.
La procédure de demande d’aide se déroule en deux phases :
  Le maître d’ouvrage transmet un dossier à la DRAC , Service musique et danse. La commission des orgues non protégées au titre des Monuments Historiques examine les projets et émet un avis qui est transmis par la DRAC au maître d’ouvrage.
  En cas d’avis favorable de la commission, le maître d’ouvrage s’assure d’autres financements du projet et procède à la consultation des entreprises (code des marchés publics). Il doit constituer un nouveau dossier où figurent toutes les pièces concernant l’appel d’offres, jusqu’au devis du facteur retenu.
Les autres collectivités territoriales peuvent également être sollicitées : pour la Région Provence-Alpes-côte d’Azur, il convient de s’adresser à la Direction de la culture ; pour les Départements, les services n’étant pas tous structurés de manière identique, il convient d’adresser la demande au Président du Conseil général du département concerné.

 

Des festivals et des saisons
Les automnales de l’orgue en Avignon proposent, outre des concerts et récitals, des messes, des conférences. Cette année, Maurice Duruflé et Olivier Messiaen étaient particulièrement à l’honneur... en attendant la programmation de l’automne 2003...
  Une route des orgues en Vaucluse a circulé pour la première année du 15 au 17 mai 2003, de Lourmarin en Avignon, en passant par Caromb, Malaucène, Cucuron, pour se clôturer par un récital de Michel Chapuis à Caumont-sur-Durance. Cette Route des orgues a été l’occasion d’allier activités pédagogiques auprès des scolaires, activités artistiques grâce aux concerts et activités touristiques.
L’ensemble de ces manifestations est organisé par Orgue en Avignon, en partenariat avec la FFAO et l’ADDM 84. Renseignements : 04 90 82 21 75
  Le Festival Organa à Saint-Rémy de Provence offre un concert chaque samedi des mois de juillet, août et septembre. L’association des amis de l’orgue de Saint-Rémy (orgue Pascal Quoirin) propose en outre environ 6 concerts durant l’année. Par ailleurs, un disque consacré à trois œuvres de Charles Chaynes a été récemment édité, enregistré sur ce même orgue par Jean-Pierre Lecaudey, avec Jean-Marc Salzmann (baryton), et le quintette de cuivres d’Avignon ; chez Pavane Records ADW 7467. Renseignements : 04 90 92 05 22
  Le Festival d’orgue à Mougins propose des concerts chaque dimanche du mois d’octobre.
Renseignements : 04 92 92 50 42.
  La Semaine internationale d’orgue à Toulon concentre une programmation dense en octobre chaque année. Les Amis de l’orgue de Toulon propose des concerts à l’attention des scolaires depuis le printemps 2003.
Renseignements : 04 94 35 28 11.
  Le Festival international de Roquevaire se déroule également chaque année en automne, entre septembre et octobre, qui fait entendre l’orgue soit en récital, soit en concerts avec chœur, ou orchestre ou d’autres instruments. Par ailleurs, une saison est organisée à raison d’un concert mensuel de janvier à juin.
Renseignements : 04 42 04 05 33.
  Des concerts ont lieu très régulièrement sur le magnifique orgue de Saint-Maximin, chaque premier dimanche du mois, de mars à novembre.
Renseignements : 04 94 78 00 09.
  On peut entendre l’orgue de l’église de Saint-Tropez chaque dernier dimanche du mois, de septembre à juin. Renseignements : 04 94 97 41 21
  Le festival d’orgue de Saint-Raphaël se déroule tous les lundis, en juillet et août.
Renseignements : 04 94 97 41 21
  On peut se rendre également à l’église Saint-Victor à Marseille, où sont proposés de janvier à mars environ deux concerts par mois, le dimanche.
Renseignements : 04 91 40 58 28.
  Dans la même ville, l’église des Chartreux propose ses Heures d’orgue, environ 5 concerts par an. Renseignements : 04 91 33 08 12.
  A Aups (Var), les soirées musicales de l’été qui proposent des concerts avec orgue en juillet et en août. Renseignements : 04 94 70 13 12
  À Fréjus, l'association des amis de la Cathédrale de Fréjus organise une saison d'orgue : www.orgudefrejus.fr 



Pour en savoir plus...
  www.ffao.com, le site de la fédération francophone des amis des orgues apporte de nombreuses informations qui concernent les actualités de la diffusion, la vie des associations ; ce site comporte également un portail vers d’autres sites.
  Le site du ministère de la Culture et de la Communication propose une très belle Route des orgues, accompagnée d’informations sur la facture d’orgue (formation et entreprises) ainsi qu’un hommage à Cavaillé-Coll.
www.culture.fr/culture/cavaille-coll
www.culture.fr/culture/orgues