Les ARTS du SPECTACLE
04.Etymologie
Etymologie
Nous trouvons principalement deux origines au mot Carnaval :
Certains font remonter cette étymologie à carrus navalis
(chariot naval) qui prenait part à la fête romaine d’Isis (déesse égyptienne adoptée par les Romains et les grecs).
Pour d’autres le mot Carnaval viendrait (X siècle), du latin carnelevare composé de "carne" (viande) et de "levare" (laisser, lever) qui signifie s’abstenir de viande.
Au XIII s., on connaissait déjà le mot italien "carnevalo" d’où le mot actuel Carnaval. Moins ambigu est le mot portugais "Entrudo" et le galicien "Entroido" venus du latin "introitu", qui signifie entrer dans le Carême et, par métonymie, le temps qui précède le Carême, c’est-à-dire, le Carnaval.
Histoire
Les origines de comportements d’inversion de l’ordre social sont très lointaines et datent de plusieurs millénaires : à Babylone, 2000 ans avant Jésus-Christ, on observait déjà les rites ou les servantes devenaient les maîtresses, les maîtresses obéissaient pour un jour à leurs esclaves, un homme du peuple prenait la place du roi, qui lui était traité comme un mendiant.
Ainsi des fêtes d’Isis célébrées par les Egyptiens, aux Bacchanales des Grecques en passant par les Saturnales et les Lupercales, célébrant le dieu pan à Rome, les hommes ont de tout temps marqué la période hivernale de festins, accompagnés de musiques de danses et de déguisements, où le jeu de renversement des rôles était permis. En Gaule, il y avait la grande fête de l’hiver : la cueillette du gui. A cette occasion, le peuple marquait, par des réjouissances, le solstice d’hiver.
Cette période de fête populaire se déroulait entre le 10 et le 25 décembre. Ces fêtes avaient pour but de redonner courage et espoir au peuple effrayé par les sols gelés, l’absence de vie et l’obscurité.
On offrait des cadeaux : des porte-bonheur, du miel, des gâteaux, de l’or, étaient des cadeaux courants. Les maisons étaient décorées avec du lierre, des branches de houx et de gui et tout travail était interdit. Après la conquête romaine, les coutumes gauloises et celtes et les usages romains s’entremêlèrent.
Rappelons que l’année débutait, non en janvier, mais en mars.
Le mois de mars était donc le premier mois de l’année, celui du renouveau de la Nature et du réveil de la Terre. Ce réveil ne pouvait se faire que dans la représentation d’un chamboulement et d’une mise en scène d’un chaos, donnant lieu a des charivari et cavalcade en tous genres mais surtout sonore et bruyant.
L’église chrétienne toléra et, dans une certaine mesure, régularisa les débordements en les intégrant dans son calendrier liturgique (la fête des innocents, la fête de l’Ane, la fête des Fous)
Le temps consacré à la fête païenne fut adoptée par les Chrétiens.
Ce temps chrétien s’est mis en place très progressivement à partir du IVe siècle, c’est en effet à ce moment-là qu’on a fixé la naissance de Jésus et la visite des mages, mais c’est au VIIIe siècle que le carême a été fixé à 40 jours, ce qui a certainement suggéré la période cathartique du carnaval.
Avant l’apparition de ce mot, la veille du Carême était appelé "Carême Prenant".
Dans les espaces ruraux, les temps carnavalesques coïncident avec les tuées du cochon, en décembre.
La Chandeleur marque l’ouverture de la période de Carnaval.
Le mot chandeleur vient de l’expression latine festa candelarum qui signifie fête des chandelles. Cette fête du 2 février marque la fin du cycle de Noël et s’insère dans celui temps de réjouissances de carnaval.
Elle remontes aux Parentalia romaines : fête annuelle en l’honneur des morts, et au cours de laquelle ils veillaient, éclairés de cierges et de torches, cette coutume était reliée au dieu Pan. Durant une nuit, les adeptes parcouraient les rues de Rome en portant des flambeaux.
La chandeleur c’est aussi une croyance née d’une symbolique d’origine celte. La crêpe symbolise la roue solaire et le don aux divinités sans lequel le blé serait altéré.
Dans la religion juive Hanouka fêté en décembre est aussi une fête des lumières.
Le calendrier chrétien
Le carnaval est donc la période qui s’étend du jour des Rois (naissance du Christ) solstice d’hiver, jusqu’au mercredi des Cendres, lendemain du mardi-gras et début du Carême. La date de Pâques a été fixée, à l’équinoxe de printemps, au dimanche après la pleine lune qui suit le 21 mars, Pâques peut donc varier du 22 mars au 25 avril. Mardi gras est toujours à la nouvelle lune précédant de 40 jours Pâques.
Signification religieuse
La Chandeleur
Fête de la lumière et du feu, elle était une fête religieuse où, les cierges qui symbolisent la lumière et, par extension, le Christ, sont bénis et rapportés à la maison pour êtres réutilisés en plusieurs occasions.
Elle a pour origine les relevailles de Marie, 40 jours après la naissance de Jésus, au cours d’une cérémonie de purification.
C’est le jour de la présentation de Jésus au temple, 40 jours après noël, jour de sa naissance.
Mardi gras
Jour paroxystique de Carnaval et vieille des cendres.
Dernier jour pour la consommation de viande. Jour et nuit de tous les excès.
La dureté prévisible de l’abstinence exigeant en quelque sorte une compensation par anticipation qui permettrait de mieux faire admettre des pratiques.
Le Carnaval et-ou le mardi gras sont personnifiés par le Caramantran, mannequin bricolé en divers matériaux selon les coutumes et les territoires qui seront exhibés et mis à mort en fin de procession.
Le mercredi des cendres
C’est le premier jour du Carême en souvenir d’Adam condamné "à retourner poussière" après son péché.
Période de purification pour les chrétiens qui passe par des privations, dès ce premier jour du Carême et ce jusqu’au vendredi saint (jour du martyr du Christ) et de la fête de Pâques, qui célébrera la résurrection du Christ .
Le Carême
Est une période de jeûne, de « privations volontaires de toute nourriture », que l’on la retrouve dans toutes les civilisations. Du latin Quadragesima ides, qui veut dire 40 éme jour. Quarante est un nombre qui symbolise l’attente et l’épreuve, on le retrouve dans la tradition juive et chrétienne (il est le temps de la formation de l’embryon). Claude Gaignebet découpe d’ailleurs l’année en une suite alternante de quarantes souriants ou tristes, cycles de vie et de non-vie.
Ainsi Carnaval s’oppose au Carême : viande contre poisson, excès contre privations.
Signification sociale
Ce temps était initialement une invocation à la fécondité de la terre et de la femme ; un exorcisme contre les intempéries, les maladies et les catastrophes, la mort.
C’est aussi l’occasion d’un règlement de comptes collectif, reflet des conflits sociaux, des luttes politiques, des tiraillements entre : l’été et l’hiver, le gras et le maigre, le bien et le mal, le riche et le pauvre, l’ordre et le désordre. Le corps social exulte et purge ses humeurs. Si les débordements ne sont plus orgiaques et dangereux, dans certains villages ou même certaines villes, des gestes scatologiques ou violents perdurent.
Dans les Jeux et les Hommes, Roger Caillois indique que la dimension de la fête de carnaval, participe selon sa typologie de la « mimicrie », terme qui renvoie aux catégories de simulacre, de mimétisme, d’imitation.
Le propre de la « mimicrie » consiste dans l’attitude par laquelle l’individu ou le joueur devient un autre que soi sans pour autant chercher à tromper le spectateur : « Au Carnaval, le masque ne cherche pas à faire croire qu’il est un vrai marquis, un vrai toréador, un vrai Peau-Rouge, il cherche à faire peur et à mettre à profit la licence ambiante, elle-même résultat du fait que le masque dissimule le personnage social et libère la personnalité véritable. »
L’esprit du carnaval est ainsi fondé sur un déguisement qui n’est pas une tromperie : les travestissements sont souvent parodiques, et les masques de carton, géants ou minuscules, grotesques et surabondamment coloriés, sont les instruments de cette parodie.
« L’homme masqué n’assume aucune responsabilité ».